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Sega retire son remaster de Shogun 2 sans un mot sur l’IA

La version modernisée de Total War: Shogun 2, accusée d’illustrations agrandies par IA et de vieux bogues, a été retirée de la vente sur Steam : Sega l’a annoncé deux jours après sa sortie, sans un mot sur l’IA, alors que Valve demande de la déclarer.

Capture de la page du magasin Steam de Total War: Shogun 2 – Complete Edition : une image de bataille, des armées en rouge dans une vallée boisée, et à droite la jaquette du jeu, deux samouraïs en armure, au-dessus de la mention « extrêmement négatives » pour les évaluations, de la date de parution, le 13 octobre 2026, et des étiquettes ajoutées par les joueurs, « Intelligence artificielle » et « Horreur psychologique ».
La fiche Steam du remaster le 16 octobre à 8 h 17, après son retrait de la vente : 3 621 évaluations, « extrêmement négatives »Capture d’écran de la fiche Steam par L’Octet numérique, 16 octobre 2026 ; visuels du jeu © SEGA

Ceux qui ont acheté Total War: Shogun 2 – Complete Edition le gardent ; les autres ne peuvent plus l’acheter sur Steam. Vendredi 16 octobre au matin, la fiche du jeu affichait « Total War: SHOGUN 2 - Complete Edition is no longer available on the Steam store », sans bouton d’achat, trois jours après la sortie de cette version modernisée du jeu de stratégie de 2011, vendue 39,99 €. À sa place, le jeu d’origine est de nouveau en vente, à 29,99 €.

Un remaster, dans le jeu vidéo, est la réédition d’un ancien titre aux graphismes et aux réglages mis au goût du jour, sans refaire le jeu. Celui-ci est signé Creative Assembly, le studio qui avait créé Shogun 2, sorti en mars 2011 chez le même éditeur, Sega, et la fiche Steam ajoute un second développeur, MATABOO, un studio de codéveloppement et de portage. Le texte de l’éditeur parle d’un « partenaire de développement » sans le nommer : qui a fait quoi, en particulier sur les illustrations, n’est pas public.

Un mot de différence entre Steam et Bluesky

Sega a annoncé le retrait jeudi 15 octobre, à une minute d’écart, à deux endroits. Le texte est le même, signé « SEGA & Creative Assembly », à un mot près. Sur Bluesky, publié à 15 h 04 (heure de Paris), l’éditeur travaille avec les plateformes pour retirer « temporairement » le jeu de la vente et remettre en vente l’original « le temps d’enquêter sur les problèmes ». Dans la note publiée sur Steam une minute plus tard, le mot « temporairement » a disparu : il s’agit de « retirer le jeu de la vente ».

Aucun des deux textes ne donne de date de retour. Tous deux reconnaissent que le jeu « n’est pas à la hauteur » des attentes des joueurs « ni de nos propres exigences », promettent d’« identifier les causes de ces problèmes » et d’« apporter des améliorations », et assurent que « les propriétaires actuels pourront toujours accéder au jeu et y jouer ». Aucun ne cite ces problèmes. Le mot « IA » n’y figure pas.

Les deux formulations ne se contredisent pas tout à fait : la seconde laisse ouverte la question que la première tranche. La promesse d’améliorer ce Complete Edition suppose qu’il revienne un jour à la vente, mais seul le message posté sur un réseau social l’écrit.

Des doigts manquants et des bogues de 2011

Les reproches s’étalent dans les évaluations Steam. Relevé le 16 octobre vers 8 h, le jeu en comptait 3 584, toutes langues confondues, dont moins de 16 % de positives, ce qui lui vaut la mention « extrêmement négatives » ; un quart d’heure plus tard, la fiche en affichait déjà 3 621, dont 1 781 en anglais.

Deux griefs dominent. D’abord les cartes d’unités, ces petits portraits peints qui représentent chaque troupe dans l’interface du jeu. Selon de nombreux joueurs, elles ont été agrandies par IA : un logiciel invente les pixels manquants pour faire passer une image en haute définition, et peut créer des détails absurdes. L’un des avis les plus approuvés (plus de 2 200 votes « utile ») accuse : « Usage d’IA non déclaré : CA a utilisé l’IA pour faire les nouvelles cartes d’unités, elles sont affreuses et des personnages ont des doigts manquants. » Le site britannique The Sixth Axis décrit aussi des visages qui ressemblent à « des masques de métal sans traits ».

Ensuite, la technique. L’avis le plus approuvé (plus de 5 300 votes) résume : « Tant de bogues n’ont même pas été traités, et en plus vous en introduisez de nouveaux. » D’autres se plaignent des performances, moins bonnes que dans des épisodes récents et plus lourds de la série. La liste des nouveautés publiée par l’éditeur le 29 septembre promettait des textures refaites, de nouvelles techniques de lissage de l’image et une longue série de corrections ; elle ne parle ni des cartes d’unités ni d’IA.

Sega et Creative Assembly n’ont ni confirmé ni démenti l’usage de l’IA dans leurs textes du 15 octobre.

La règle de Steam : déclarer ce que l’IA a produit

Depuis janvier 2024, Valve, qui exploite Steam, demande aux éditeurs de décrire leur usage de l’IA générative dans le questionnaire de contenu rempli avant toute mise en vente. Il distingue deux cas. Le contenu « prégénéré », c’est-à-dire « tout contenu livré avec le jeu et consommé par les joueurs, créé à l’aide d’outils d’IA pendant le développement ». Et le contenu généré en direct, pendant la partie, soumis à des obligations de garde-fous en plus.

Valve précise que les « gains d’efficacité » obtenus grâce à ces outils ne sont « pas l’objet » de cette section : seul compte ce qui arrive sous les yeux du joueur. Lors de l’annonce de ces règles, l’entreprise expliquait qu’elle afficherait « une grande partie » de la déclaration sur la fiche du jeu, « pour que les clients puissent aussi comprendre comment le jeu utilise l’IA » (texte cité par GamingOnLinux, la page de Valve ne s’affichant qu’avec un navigateur complet).

Le 16 octobre au matin, la fiche du Complete Edition ne comportait aucune section de déclaration consacrée à l’IA ; le terme n’y figurait que parmi les étiquettes ajoutées par les joueurs. Le jeu n’impose pas de contrôle d’âge qui l’aurait masquée. Une réserve : la page a été lue après le retrait, et aucune archive publique ne montre ce qu’elle affichait le 13 ou le 14 octobre.

Reste la question que le texte de Valve ne règle pas : passer une illustration dessinée par un humain dans un agrandisseur à IA, est-ce « créer du contenu à l’aide d’outils d’IA » ou un simple gain d’efficacité ? Une image agrandie est bien livrée avec le jeu et regardée par le joueur, ce qui la rapproche du premier cas ; mais le questionnaire ne cite pas cet usage, et Valve ne publie ni ses décisions au cas par cas ni de sanction pour une déclaration manquante. Rien n’indique, à ce stade, que Valve soit intervenu dans ce retrait : Sega le présente comme sa propre décision.

Garder le jeu ou se faire rembourser

Pour ceux qui l’ont acheté, rien ne disparaît : Sega assure qu’ils gardent l’accès. Les acheteurs sur Steam avaient en outre reçu le jeu d’origine avec le Complete Edition, selon GamingOnLinux, et les détenteurs de l’original bénéficiaient de 75 % de réduction sur la nouvelle version, une offre prévue jusqu’au 12 novembre.

Les messages de Sega ne disent rien d’un remboursement. Sur Steam, la règle générale s’applique : un remboursement est accordé dans les deux semaines suivant l’achat si l’on a joué moins de deux heures, soit jusqu’au 27 octobre au plus tôt pour un achat le jour de la sortie. Au-delà, Valve précise qu’on peut « demander un remboursement quand même » et que le service « examinera » la demande, sans garantie. Ce que deviendrait le jeu d’origine offert en cas de remboursement n’est pas précisé.

Le retrait n’a pas été simultané partout. Le 16 octobre au matin, le Complete Edition était encore en vente sur GOG, à 39,99 € ; le 17, la boutique indiquait qu’il avait été « temporairement retiré de la vente à la demande de l’éditeur ». Le jeu devait aussi sortir le 13 octobre sur l’Epic Games Store et le Microsoft Store, selon l’annonce citée par GosuGamers ; sa disponibilité n’y a pas été vérifiée.

Quand la réédition chasse l’original

L’épisode met en lumière une pratique fréquente des rééditions : la nouvelle version remplace l’ancienne en magasin. Selon la foire aux questions de l’éditeur, citée par GosuGamers, Total War: Shogun 2 n’était plus vendu seul sur Steam depuis le 28 septembre ; les propriétaires le gardaient, mais un nouveau joueur ne pouvait plus acheter que le Complete Edition. La réédition contestée est ainsi devenue, pendant un peu plus de deux semaines, la seule porte d’entrée dans le jeu sur Steam.

Sega a fait marche arrière sur ce point : l’original de 2011 est de nouveau en vente, à une date que l’éditeur n’a pas précisée et sans indiquer combien de temps il y restera. Pour le Complete Edition, ni calendrier ni liste de correctifs ; l’éditeur ne dit pas non plus si les cartes d’unités seront redessinées, ni par qui.

Les citations des textes de Sega, de Valve et des avis de joueurs sont traduites de l’anglais par la rédaction.

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