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Ray-Ban Meta : en Europe, le stockage de votre voix se refuse
Si le stockage vocal est activé, Meta conserve jusqu’à un an les enregistrements de ses lunettes en Europe, déclenchements involontaires compris. Ce stockage se refuse, et l’historique se vérifie dans l’application Meta AI.

Quand des Ray-Ban Meta se déclenchent par erreur, ce qu’elles ont capté n’est pas forcément perdu. En Europe, si le stockage des enregistrements vocaux est activé, Meta les garde, y compris quand le porteur n’a jamais voulu parler à son assistant : jusqu’à 90 jours après que ses systèmes ont repéré l’erreur, et jusqu’à un an dans les autres cas. C’est ce que prévoit l’avis de confidentialité que l’entreprise consacre à la voix sur ses lunettes, dans sa version française en vigueur depuis le 22 juillet 2025.
La question n’est plus théorique pour un propriétaire qui a découvert, sur trois paires, des conversations ordinaires enregistrées dans l’application sans avoir dit « Hey Meta ».
En bref
- Le stockage est un choix en Europe. L’avis écrit : « Vous pouvez choisir de conserver vos enregistrements vocaux », et l’assistant fonctionne sans.
- Stockage activé : enregistrements gardés un an au maximum ; les « fausses activations » repérées par Meta sont supprimées « dans les 90 jours suivant leur détection ». Des « équipes d’examen » humaines peuvent les écouter.
- Stockage désactivé : les enregistrements sont supprimés « immédiatement après leur traitement ». Ceux d’avant restent jusqu’à un an, sauf suppression.
- Où regarder : application Meta AI, Lunettes, Paramètres de l’appareil, vos lunettes, Confidentialité des lunettes, Historique d’activité vocale.
- Ce que l’avis ne dit pas : si le stockage est activé ou non par défaut à l’installation. Le seul moyen de le savoir est de vérifier.
Des conversations apparues sans mot d’activation
Les signalements viennent de Reddit. Selon le site spécialisé VR.org, un propriétaire a décrit dans deux fils de discussion trois paires différentes, de deuxième et troisième générations, qui avaient enregistré l’audio et la transcription de conversations ordinaires dans l’application Meta AI, alors que personne n’avait dit « Hey Meta » et que le réglage « Répondre sans Hey Meta » était coupé. Il reliait le problème à une mise à jour récente du logiciel interne des lunettes, sans en donner le numéro. Ces témoignages n’ont pas été vérifiés sur un appareil.
Meta a répondu en deux phrases à Android Authority le 13 octobre, selon VR.org qui rapporte la déclaration : « Ce problème a été résolu. Les utilisateurs peuvent gérer, consulter et supprimer à tout moment l’historique vocal de leurs interactions avec Meta AI dans les paramètres. » L’entreprise n’a donné, toujours selon VR.org, ni la cause, ni la version du logiciel en cause, ni le nombre de propriétaires touchés.
Le réglage cité par l’utilisateur sert aux questions de relance. D’après la page d’aide de Meta, avec « Répondre sans « Hey Meta » », le micro « reste allumé après chaque demande » et « s’éteint automatiquement » faute de nouvelle demande au bout d’un moment ; cette fonction est « activée par défaut ». Meta y précise que « si nous détectons des mots non destinés à vos lunettes, celles-ci ne réagiront pas ».
Ce que Meta conserve, et combien de temps
L’avis distingue deux situations, selon un réglage que le porteur peut changer « à tout moment ».
Stockage activé. Meta garde l’audio de vos requêtes, et même davantage : l’avis définit les interactions vocales comme ce que vous dites, « y compris si vous activez nos services vocaux par inadvertance, ainsi que tout bruit de fond ». Il est explicite : « Lorsque le stockage est activé, nous conservons les enregistrements vocaux même si vous activez involontairement une interaction vocale. »
Une partie de ces erreurs est repérée automatiquement. Meta les qualifie de « fausses activations » et les supprime « dans les 90 jours suivant leur détection ». Le délai court donc à partir du moment où ses systèmes s’en aperçoivent, pas de l’enregistrement. Les autres enregistrements stockés sont « conservés pendant un an au maximum afin d’améliorer les produits de Meta ». L’avis ne prévoit pas de règle à part pour une activation involontaire que les systèmes ne détecteraient pas : rien ne la soustrait à ce délai d’un an.
Pour les commandes vocales simples (« mettre la musique en pause », « lire le message »), dont certaines se passent de mot d’activation, le stockage, s’il est activé, porte sur les enregistrements audio, mais aussi sur les transcriptions écrites et les données associées, comme la version matérielle des lunettes et la durée de l’audio.
Stockage désactivé. « Nous supprimons tous les enregistrements vocaux immédiatement après leur traitement », écrit Meta, qui s’engage alors à ne pas s’en servir pour améliorer ses produits ni à les faire écouter. Revers de la médaille : vous ne pourrez « plus entendre, voir ni supprimer ces informations ». Surtout, couper le stockage n’efface pas le passé : les enregistrements antérieurs « seront conservés pendant un an au maximum, à moins que vous ne les supprimiez plus tôt ».
Des équipes humaines, à voix modifiée
Les enregistrements stockés servent à entraîner les systèmes de Meta, par « machine learning » (apprentissage automatique : des logiciels qui s’améliorent à partir d’exemples) et par des « équipes d’examen qualifiées ». Leur rôle, selon l’avis : vérifier par exemple que les lunettes jouent bien la chanson suivante après « Hey Meta, chanson suivante », et repérer « les interactions vocales que les machines sont susceptibles de mal interpréter ». Les déclenchements par erreur entrent précisément dans cette catégorie.
Meta affirme que ce personnel est soumis à des exigences « strictes » de confidentialité, n’accède qu’aux informations nécessaires, et que l’entreprise modifie « le ton des enregistrements vocaux lorsqu’ils sont examinés ». Modifier le ton ne change pas les mots : un nom, une adresse ou une conversation privée captés par erreur restent intelligibles. L’avis ne dit ni où travaillent ces équipes, ni si elles sont salariées de Meta ou de sous-traitants.
Vérifier, effacer, couper
Les pages d’aide officielles de Meta, consultées le 18 octobre, décrivent le chemin vers l’historique et le réglage « Hey Meta ». Elles ne détaillent pas les boutons de suppression ni l’emplacement exact de l’interrupteur du stockage : nous ne les décrivons donc pas au-delà de ce qu’elles disent.
1. Ouvrir l’historique. Selon la page d’aide « Gérer l’historique d’activité vocale de vos lunettes IA » :
- dans l’application mobile Meta AI, appuyez sur « Lunettes » en haut à droite ;
- appuyez sur « Paramètres de l’appareil » ;
- sous « Lunettes », appuyez sur vos lunettes ;
- faites défiler et appuyez sur « Confidentialité des lunettes » ;
- appuyez sur « Historique d’activité vocale ».
Stockage coupé, l’avis prévoit l’effacement immédiat : un historique qui contient des enregistrements indique donc que le stockage est, ou a été, activé. Des passages que vous ne reconnaissez pas peuvent signaler des déclenchements involontaires.
2. Supprimer. L’avis indique que les enregistrements stockés peuvent être supprimés « plus tôt dans l’Application Meta AI », et que la suppression d’un enregistrement efface aussi les données associées à l’interaction. Ils ne servent plus alors à améliorer les produits de Meta.
3. Couper le stockage. L’avis dit seulement qu’on peut « à tout moment désactiver le stockage vocal dans les paramètres ». Mieux vaut faire le ménage avant : une fois le stockage coupé, les nouveaux enregistrements disparaissent aussitôt, mais les anciens restent jusqu’à un an si vous ne les effacez pas.
4. Réduire les déclenchements. Le chemin « Lunettes », « Paramètres de l’appareil », vos lunettes, « Meta AI », « Préférences « Hey Meta » » mène à l’interrupteur « Répondre sans « Hey Meta » », d’après la page d’aide sur cette fonction, et à celui du mot d’activation « Hey Meta » lui-même, d’après la page de dépannage du micro. Sans mot d’activation, l’assistant reste accessible par un appui long sur le pavé tactile de la branche, si celui-ci a été configuré pour cela, précise l’avis.
5. Télécharger ses données. L’outil « Télécharger vos informations », accessible depuis l’application ou le Web, fournit les transcriptions, les enregistrements et les données associées, selon la page d’aide.
Un choix qui n’existe plus aux États-Unis
Les propriétaires européens disposent d’une option retirée ailleurs. Le 29 avril 2025, Meta a prévenu par courriel les propriétaires de Ray-Ban Meta que l’option de désactivation du stockage des enregistrements vocaux n’était plus disponible, selon TechCrunch, qui s’appuie sur The Verge : ceux qui ne voulaient pas que leur voix serve à l’entraînement devaient supprimer leurs enregistrements à la main. TechCrunch ne précise pas les pays concernés. VR.org, qui a comparé les versions de l’avis, indique que la version américaine prévoit un stockage « par défaut » sans possibilité de le désactiver, tandis que la version britannique, comme la française, laisse le choix.
Ce qu’en disent les autorités européennes
Le 13 octobre, le Comité européen de la protection des données (CEPD), qui réunit la CNIL et ses homologues, a publié une déclaration sur les lunettes connectées dont un passage vise ce cas. Le texte relève que certaines lunettes ont des micros perfectionnés capables d’enregistrer « des conversations d’arrière-plan » auxquelles le porteur ne participe pas. Il recommande, sans l’imposer, que lorsque des lunettes servent d’abord d’assistant en temps réel, le stockage durable de l’audio, des images ou de la vidéo soit « désactivé par défaut », sauf s’il est nécessaire au fonctionnement ou « délibérément activé par l’utilisateur ».
L’avis européen de Meta répond en partie à cette recommandation : le stockage y est présenté comme un choix. Il ne dit pas en revanche dans quel sens est réglé l’interrupteur à la première configuration, et c’est là que tout se joue pour ceux qui n’ont jamais ouvert ce menu. Le 18 octobre, nous n’avions trouvé aucune prise de position de la CNIL ni de la Commission irlandaise de protection des données (l’avis donne pour coordonnées européennes Meta Platforms Technologies Ireland, à Dublin) sur les enregistrements signalés. Pour les propriétaires, le premier geste reste le même : ouvrir l’historique d’activité vocale et regarder ce qui s’y trouve.
Les citations de Meta rapportées par VR.org et de la déclaration du CEPD, rédigées en anglais, ont été traduites par la rédaction.



