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E Ink promet un écran couleur Kaleido 4 plus lumineux et contrasté

Le spécialiste de l’encre électronique garde son principe d’un filtre coloré posé sur des pixels noir et blanc, mais annonce un blanc 15 % plus lumineux et 50 % de contraste en plus. Un seul appareil est annoncé avec cet écran, un carnet chinois, et sans date pour l’Europe.

Dalle d'encre électronique nue, allumée, posée sur un fond gris. Elle affiche en couleurs douces et peu saturées la couverture d'un album pour enfants : un petit chat bleu-violet au premier plan, une pleine lune et une forêt de nuit, le titre « The Magical Adventures of Luna and Friends ». À droite, les nappes de connexion noires et orange de la dalle.
Une dalle Kaleido 4 allumée, hors de tout appareil, dans un visuel diffusé par E Ink avec son communiqué du 15 octobre.E Ink (dossier de presse)

Les liseuses et carnets numériques en couleur ont un nouvel écran en vue : E Ink, le fabricant d’encre électronique dont la technologie équipe notamment les Kobo couleur, a présenté le 15 octobre Kaleido 4, nouvelle génération de son écran couleur. Il promet des couleurs plus étendues, un blanc plus lumineux, un meilleur contraste et de la vidéo plus fluide. Le premier appareil à l’utiliser est le M10C II de Hanvon, un carnet électronique à stylet du fabricant que le communiqué présente comme un leader du marché chinois des liseuses.

Pour juger ces promesses, il faut savoir comment fonctionne cet écran, et lire les chiffres pour ce qu’ils sont.

Une encre noir et blanc vue à travers un filtre

Un écran Kaleido ne contient pas d’encre colorée. Sa couche active est la même encre électronique que celle des liseuses noir et blanc : de minuscules particules noires et blanches que le courant fait monter ou descendre, et qui restent en place sans consommer d’énergie. Au-dessus, E Ink pose un filtre de couleurs imprimé, appelé CFA (color filter array), une mosaïque de minuscules cellules rouges, vertes et bleues. Un point blanc sous une cellule rouge paraît rouge ; un point noir l’éteint. Sur sa page consacrée à la technologie, E Ink décrit le module comme un empilement de quatre couches : la dalle de transistors qui commande chaque point (TFT), l’encre, le filtre de couleurs et une feuille de protection.

Vue éclatée d'une tablette de lecture : sous l'écran qui affiche une planche de bande dessinée en couleurs, cinq feuilles superposées et légendées en anglais ; la troisième est une grille de bandes rouges, vertes et bleues, la quatrième un lit de petites billes grises, la dernière une plaque percée de points noirs.
L’empilement d’un écran Kaleido 4 selon E Ink, de haut en bas : éclairage frontal, couche tactile, filtre de couleurs (CFA), film d’encre (FPL) et dalle de transistors à oxyde (oxide TFT).E Ink (dossier de presse) Agrandir l’image (PNG, 3 013 × 3 868 px, 2,8 Mo)

Ce principe a deux conséquences. D’abord, le filtre absorbe une partie de la lumière : les couleurs restent douces, loin de celles d’une tablette, ce que Rakuten Kobo assumait en 2024 en vantant pour ses liseuses couleur une « palette subtile ». Ensuite, il faut plusieurs points d’encre pour former un point de couleur, si bien que l’image en couleur est moins fine que le texte en noir et blanc. Pour Kaleido 3, la génération précédente présentée le 7 avril 2022, E Ink annonçait 300 points par pouce en noir et blanc, mais 150 en couleur (contre 100 pour Kaleido Plus avant elle).

40 000 et 4 096 : deux chiffres qui ne mesurent pas la même chose

Le chiffre le plus frappant du communiqué peut prêter à confusion. E Ink écrit que Kaleido 4 « double le volume de sa gamme de couleurs (color gamut volume), à plus de 40K ». Or la fiche de Kaleido 3 annonçait « 16 niveaux de gris et 4 096 couleurs ». Lire là un passage de 4 096 à 40 000 couleurs serait une erreur.

Les deux chiffres ne parlent pas de la même grandeur. E Ink ne détaille pas ce chiffre, mais 4 096 est exactement 16 × 16 × 16 : le nombre de combinaisons possibles si chacune des trois couleurs du filtre prend 16 niveaux, comme les 16 niveaux de gris de l’encre. C’est un compte de teintes que l’écran sait adresser, pas une mesure de leur éclat. Le « volume de gamme », lui, désigne en colorimétrie l’étendue de l’espace de couleurs qu’un écran peut reproduire, du plus terne au plus vif. Et si ce volume « double » pour atteindre plus de 40 000, c’est que Kaleido 3 se situait vers 20 000 sur la même échelle, pas à 4 096.

Le communiqué ne précise ni l’unité de ce volume, ni l’espace de couleurs de référence, ni les conditions de mesure (éclairage frontal allumé ou éteint, par exemple). Ce qu’on peut en retenir : selon E Ink, les couleurs de Kaleido 4 couvrent une palette deux fois plus étendue que celles de Kaleido 3. Le nombre de teintes affichables, lui, n’est pas donné.

Des pourcentages sans point de départ

Les autres gains annoncés sont relatifs, comparés à « la génération précédente » :

  • Réflectance du blanc, +15 % : la part de la lumière ambiante que le blanc renvoie vers l’œil, celle que le filtre de couleurs entame. Le communiqué ne donne pas la valeur de départ.
  • Contraste, +50 % : l’écart entre le noir le plus profond et le blanc le plus clair. Là encore, aucun rapport chiffré.
  • Vidéo jusqu’à 18 images par seconde, grâce à « de nouveaux algorithmes ». Kaleido 3 savait déjà lire « des animations et des vidéos », selon sa fiche, sans chiffre de fluidité. Dix-huit images par seconde restent en deçà des 24 du cinéma.
  • Pages tournées 27 % plus vite : ce chiffre vaut pour le M10C II, et E Ink l’attribue à la combinaison de sa nouvelle dalle avec une technologie propre à Hanvon et son contrôleur d’affichage T2000. Ce n’est pas une propriété de l’écran seul.

Côté matériel, Kaleido 4 adopte une dalle de transistors « à oxyde » (dont le semi-conducteur est un oxyde métallique), qui accepte des tensions de commande plus élevées et rafraîchit l’écran plus vite, ainsi qu’un éclairage frontal redessiné. L’idée n’est pas inédite dans les liseuses : Amazon, qui ne nomme pas le fournisseur de son écran, disait déjà avoir bâti celui de la Kindle Colorsoft « sur une dalle à oxyde pour un contraste plus net et des pages tournées plus vite ».

Ni définition officielle, ni tailles, ni liseuse annoncée

Le communiqué laisse de côté plusieurs informations utiles à qui attend une liseuse couleur. Il ne donne pas la définition de Kaleido 4, ni en noir et blanc ni en couleur, et dit seulement que ses améliorations réduisent « la perception du grain de l’écran ». Selon le site spécialisé Good e-Reader, E Ink lui a confirmé que la définition en couleur passe à 300 points par pouce, contre 150 pour Kaleido 3 ; le fabricant ne l’a pas publié. Le communiqué ne cite aucune taille de dalle, alors que Kaleido 3 était proposé du 6 au 13,3 pouces. Il ne donne ni prix, ni date ou pays de vente pour le M10C II.

Surtout, aucun autre appareil n’est annoncé. En France, les liseuses couleur de Rakuten Kobo reposent sur la génération précédente : Rakuten Kobo indiquait en avril 2024 que ses Libra Colour (7 pouces) et Clara Colour (6 pouces), vendues en France depuis le 30 avril 2024, utilisent un écran Kaleido 3 adapté à ses besoins. Le communiqué ne cite aucun autre fabricant que Hanvon, et le 16 octobre nous n’avions trouvé aucune annonce de modèle Kaleido 4 chez Rakuten Kobo, Amazon ou PocketBook. Le communiqué d’E Ink met d’ailleurs en avant d’autres usages que la lecture de romans : PDF en couleur, présentations, graphiques, schémas techniques, prise de notes. Le vice-président de Hanvon, Wang Jie, dit vouloir faire sortir l’écran couleur « des appareils de lecture » vers les outils de travail.

Pour un lecteur de bandes dessinées ou de livres illustrés, Kaleido 4 promet sur le papier un blanc plus clair et un meilleur contraste, sans renoncer au filtre qui assombrit l’image. L’ampleur réelle du progrès ne se jugera que sur des appareils vendus, à côté d’une Kobo de 2024.

Les citations de l’anglais ont été traduites par la rédaction.

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