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Yahoo, sanctionné en 2023, rendra payant en Europe le refus de la pub ciblée

À partir du 18 mars 2027, les utilisateurs de Yahoo dans l’UE devront accepter la publicité ciblée, payer ou emporter leur boîte ailleurs. Sanctionné en 2023 pour n’avoir laissé aucune alternative à qui retirait son consentement, Yahoo en propose désormais une, payante, sans dire s’il répond ainsi à la CNIL.

Accueil des bureaux de Yahoo : comptoir vitré devant un mur blanc portant le « y! » violet lumineux, salon et cafétéria au fond.
L’accueil des bureaux de Yahoo à San Francisco, en septembre 2024.Yahoo, CC BY 4.0, via Wikimedia Commons

Les utilisateurs de Yahoo Mail dans l’Union européenne ont jusqu’au 18 mars 2027 pour décider s’ils acceptent la publicité personnalisée, c’est-à-dire des annonces choisies d’après ce que Yahoo et ses partenaires savent d’eux, ou s’ils paient pour ne plus la recevoir. Au Royaume-Uni, l’échéance tombe dès le 28 janvier. Le changement touche aussi Yahoo Actualités, Yahoo Sport, Yahoo Finance et la page d’accueil, selon la page d’aide que l’entreprise y consacre. Il arrive près de trois ans après que la CNIL a sanctionné Yahoo pour avoir fait de la perte de la messagerie le prix d’un refus.

Trois options et une date butoir

Yahoo, propriété depuis 2021 de fonds gérés par le groupe d’investissement américain Apollo, Verizon en ayant conservé 10 %, justifie le changement en une phrase : « La publicité a longtemps aidé Yahoo à fournir de nombreux services gratuitement. » Sa page d’aide, non datée, décrit trois issues.

La première ne change rien en apparence : continuer à utiliser les services gratuitement, avec des annonces personnalisées. La deuxième est un « abonnement Yahoo sans publicités personnalisées », selon le nom retenu dans la prochaine version des conditions d’utilisation, facturé au mois, renouvelé automatiquement et résiliable à tout moment. L’abonné ne sera pas pour autant débarrassé de toute réclame : « Vous verrez également moins de publicités sur Yahoo, mais il est possible que vous continuiez à voir du contenu sponsorisé, des liens d’affiliation et d’autres types de publicités non personnalisées et de contenus commerciaux », prévient Yahoo, qui s’engage à ne pas partager ses données avec des partenaires à des fins publicitaires.

Le prix ne figure ni sur la page d’aide ni dans les conditions d’utilisation, relues le 20 octobre. Next, qui a relevé le changement le 19 octobre, avance un prix de 2,49 euros par mois, sans en indiquer la source. Yahoo promet un délai de rétractation de 14 jours. Avant toute hausse, sa page d’aide annonce un préavis d’au moins 30 jours ; la prochaine version des conditions d’utilisation n’en prévoit que 14.

La troisième issue consiste à partir. Yahoo met en avant un assistant de migration, qui copie les mails, les contacts et l’agenda vers Google, Outlook, AOL ou une autre messagerie, ou les exporte en fichiers, et ajoute : « nous transférerons automatiquement les nouveaux mails envoyés à votre adresse Yahoo Mail vers votre nouvelle adresse mail pendant sept mois, gratuitement ». Le compte peut aussi être supprimé.

Deux catégories d’utilisateurs n’auront rien à choisir. Les moins de 18 ans, à qui Yahoo dit ne servir aucune publicité personnalisée. Et les abonnés à une formule payante existante comme Yahoo Mail Plus : « vous n’aurez pas à choisir entre consentir à la publicité personnalisée et souscrire à un abonnement supplémentaire ».

Ce que la CNIL reprochait à Yahoo Mail

Le 29 décembre 2023, la formation restreinte de la CNIL, l’organe qui prononce ses sanctions, a infligé 10 millions d’euros d’amende à Yahoo EMEA Limited, la filiale irlandaise du groupe. Deux manquements étaient retenus : des cookies publicitaires (petits fichiers déposés dans le navigateur pour suivre l’internaute) installés sur Yahoo.com sans consentement, et, sur Yahoo Mail, un retrait du consentement qui n’était pas libre. L’utilisateur qui voulait revenir sur son accord était prévenu qu’il perdrait l’accès aux services de Yahoo, messagerie comprise. La CNIL relevait qu’aucune alternative n’était proposée à ceux qui souhaitaient retirer leur consentement, et que le titulaire d’une adresse électronique, avec ses contacts et ses archives, se trouvait en pratique captif du service.

Yahoo a contesté la sanction. Le Conseil d’État a rejeté sa requête le 7 octobre 2025 et confirmé le raisonnement. Lier l’usage d’un service à l’acceptation de cookies, pratique « assimilable à un « cookies wall » », « n’est pas en soi illégale, c’est à la condition que le consentement soit libre », rappelle la décision (point 17). Or, selon le point 18, « un important préjudice peut résulter, pour l’utilisateur, de la fin de l’accès aux services et en particulier à « Yahoo Mail » et à l’adresse de messagerie, qui constitue un élément important de la vie privée, familiale et éventuellement professionnelle ». Quant au montant, la sanction de 10 millions d’euros « ne revêt pas un caractère disproportionné ».

Yahoo ne présente pas son nouveau modèle comme une réponse à cette affaire, et aucune des pages consultées ne fait le lien. Mais la comparaison s’impose : le reproche central portait sur l’absence d’alternative, et le dispositif de 2027 en crée une.

Une alternative payante, à quelles conditions

La CNIL n’interdit pas qu’un site ou un service réserve un accès sans pistage à ceux qui paient. Ses critères d’évaluation des « cookie walls », publiés le 16 mai 2022 (un « cookie wall », ou mur de traceurs, bloque l’accès à qui refuse les cookies), demandent « une alternative réelle et équitable permettant d’accéder au site ». Si cette alternative est payante, « cette contrepartie monétaire ne doit toutefois pas être de nature à priver les internautes d’un véritable choix ». La CNIL ne fixe pas de seuil : elle juge au cas par cas et attend de l’éditeur qu’il justifie le caractère raisonnable de son tarif. Elle signale aussi que le choix est contraint quand l’éditeur détient une exclusivité sur ce qu’il propose, et que, pour accéder au service, « seul le consentement à cette finalité devrait être nécessaire » : celui qui accepte pour ne pas payer ne devrait pas donner, du même coup, son accord à d’autres usages de ses données.

Appliqués à Yahoo Mail, ces critères laissent trois points ouverts. Le prix d’abord : 2,49 euros par mois, si le chiffre de Next se confirme, soit près de 30 euros par an pour garder son adresse sans être ciblé. Ni la CNIL ni aucune autre autorité ne s’est prononcée sur ce montant. L’exclusivité ensuite : une adresse électronique ne se remplace pas comme un site d’information, ce que la CNIL et le Conseil d’État ont justement souligné ; l’assistant de migration et les sept mois de réexpédition réduisent cette dépendance sans la supprimer, puisque les correspondants doivent apprendre la nouvelle adresse. Le périmètre du consentement enfin : la page de Yahoo sur la publicité, mise à jour en mai 2025, distingue plusieurs réglages, dont l’un, « Analyse des communications et du mail commercial », permet de refuser des publicités choisies « en fonction de vos mails commerciaux ». Yahoo assure que choisir la publicité personnalisée « ne signifie pas que Yahoo lit ou analyse le contenu de vos mails » ; il ne dit pas si ces réglages fins resteront accessibles à qui choisit l’option gratuite.

Le CEPD veut une option gratuite, pour les géants

Au niveau européen, le Comité européen de la protection des données (CEPD), qui réunit les autorités de protection des données des États membres, dont la CNIL, s’est montré plus exigeant. Dans son avis 08/2024 du 17 avril 2024, il estime que, « dans la plupart des cas », les grandes plateformes en ligne ne pourront pas obtenir un consentement valable en proposant seulement de consentir ou de payer. Il leur demande d’envisager sérieusement une troisième voie : « Cette alternative gratuite devrait être sans publicité comportementale », par exemple avec des annonces qui exploitent peu ou pas de données personnelles. Le prix lui-même doit être apprécié au cas par cas.

Cet avis ne vise que les grandes plateformes en ligne. Le CEPD avait annoncé des lignes directrices « d’une portée plus large » sur ces modèles ; son programme de travail 2026-2027, présenté en février 2026, les compte encore parmi les textes en préparation. Yahoo échappe aussi au règlement sur les marchés numériques (DMA), au titre duquel Meta a été sanctionné de 200 millions d’euros pour une formule comparable, rappelle Next : l’entreprise ne figure pas sur la liste des contrôleurs d’accès, ces grandes plateformes soumises à des obligations particulières par la Commission européenne. C’est donc à l’aune du RGPD et des règles françaises sur les cookies, appliquées par la CNIL, que se jugera la formule de Yahoo pour les utilisateurs en France.

D’ici au 18 mars 2027, que faire

Rien n’est exigé tout de suite. Yahoo prévient seulement que, passé l’échéance, « si vous n’avez pas fait de choix avant la date limite, vous devrez le faire la prochaine fois que vous essayerez d’utiliser un service Yahoo concerné ». Le choix n’est pas définitif : on peut passer à tout moment de l’option gratuite à l’abonnement.

Qui garde l’option gratuite peut dès aujourd’hui limiter ce qui sert à le cibler, dans les paramètres de confidentialité de Yahoo, notamment le réglage sur les mails commerciaux. Qui envisage de payer vérifiera le prix affiché par Yahoo avant de souscrire, et dispose ensuite de 14 jours pour se rétracter. Qui veut partir gagne à s’y prendre avant l’échéance : ouvrir une nouvelle adresse, lancer le transfert de la boîte, puis prévenir banques, administrations et proches pendant les sept mois où Yahoo réexpédie les nouveaux messages. La page d’aide ne dit pas ce que deviennent, une fois ce délai écoulé, les courriels envoyés à l’ancienne adresse. Elle ne dit pas non plus comment Yahoo justifie son tarif, alors que c’est précisément ce que la CNIL demande à tout éditeur qui fait payer le refus des traceurs.

Les citations du CEPD, publiées en anglais, sont traduites par la rédaction.

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