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Le projet GNOME ouvre son propre système d’exploitation aux curieux
La préversion de GNOME OS, publiée le 16 octobre, s’installe sur un PC comme un système complet qui se met à jour d’un bloc. Ses auteurs préviennent qu’il faudra sans doute réinstaller pour passer à la future version stable.

Depuis le 16 octobre, n’importe quel utilisateur de PC peut installer GNOME OS dans une version pensée pour un usage quotidien, et plus seulement pour tester le code du jour. Le projet GNOME, qui développe l’un des principaux bureaux de Linux, propose sur os.gnome.org une édition « Preview » (préversion) construite à partir de sa dernière version stable, GNOME 51.1. Elle reste réservée, de l’aveu même de ses auteurs, à ceux qui acceptent d’essuyer quelques plâtres.
Un système de démonstration devenu installable
GNOME n’est pas un système d’exploitation mais un environnement de bureau : l’interface, les fenêtres, les applications de base. Ce sont les distributions Linux (Fedora, Debian, Ubuntu…) qui l’assemblent avec le reste du système et le livrent aux utilisateurs, chacune à sa façon. GNOME OS est l’exception : un système bâti directement par le projet, sans intermédiaire, qui montre GNOME tel que ses auteurs le conçoivent. Le site le résume d’une formule : « La liberté élégante, directement à la source. »
Jusqu’ici, ce système n’existait qu’en version « Nightly », reconstruite chaque nuit à partir des dernières modifications du code. Cette forme est « extrêmement utile », explique Adrian Vovk, contributeur de GNOME OS, dans le billet qui annonce la préversion, car développeurs et designers de GNOME peuvent s’en servir au quotidien pour éprouver leurs derniers changements. Mais elle est instable par nature.
La préversion, résume-t-il, « est le GNOME OS Nightly actuel, sans l’aspect "nightly" » : le même système, mais construit à partir des versions publiées de GNOME. Il la juge « nettement plus stable » que la version de nuit, alors même que celle-ci sert déjà de système principal à « des dizaines de personnes » depuis plus d’un an, « sans problème majeur ».
Tout le système change d’un coup
GNOME OS appartient à la famille des systèmes dits « à image » (on parle aussi de systèmes immuables ou atomiques). Sur une distribution classique, chaque logiciel du système est un paquet mis à jour séparément, ce qui peut laisser la machine dans un état bancal si une mise à jour s’interrompt. Ici, le système de base est une image unique, remplacée en bloc.
Le guide d’utilisation précise le mécanisme : l’outil systemd-sysupdate télécharge la nouvelle image, et « deux versions du système d’exploitation sont toujours installées ». On redémarre sur la nouvelle ; si elle pose problème, on peut toujours revenir à la précédente depuis le menu de démarrage.
Il n’y a pas de gestionnaire de paquets pour ajouter des logiciels au système lui-même. Les applications graphiques s’installent avec Flatpak, un format qui les emballe avec ce dont elles ont besoin et les isole du reste du système, depuis l’application Logiciels. Pour les besoins plus pointus, la documentation propose des conteneurs (Toolbox, Distrobox, Podman), sortes de mini-systèmes isolés où installer des outils, et des « extensions système » à activer d’une commande : outils de développement, codecs audio et vidéo soumis à brevets, ou pilote Nvidia pour les cartes graphiques récentes de la marque.
Ce qu’il faut accepter avant de l’installer
La page d’accueil du site présente la préversion comme « recommandée pour la plupart des gens ». Le billet de son auteur est plus prudent : le système « n’est pas encore prêt pour le grand public, mais il l’est pour les premiers utilisateurs » qui ne veulent pas s’aventurer jusqu’à la version de nuit. Plusieurs contraintes expliquent cette réserve.
Pas de garantie de mises à jour sur la durée. La préversion restera « selon toute vraisemblance » disponible « quelques années », écrit Adrian Vovk, mais « nous ne promettons explicitement pas des mises à jour à perpétuité ». Sa conclusion est nette : « Si vous n’acceptez pas de réinstaller votre système dans quelques années pour passer à GNOME OS Stable, ce n’est pas encore pour vous. » Le billet ne dit pas non plus comment la préversion passera à la prochaine version majeure de GNOME.
Un démarrage sécurisé à désactiver. Le guide d’installation, encore rédigé pour la version de nuit, exige un PC à micrologiciel UEFI (le successeur du BIOS) et demande de désactiver le Secure Boot, la fonction qui ne laisse démarrer que des systèmes signés. Il faut donc passer par les réglages du micrologiciel avant même de lancer l’installation.
Un PC entier, sans Windows à côté. Le même guide prévient que la prise en charge du matériel « est limitée » : elle dépend de la façon dont chaque composant est géré par Linux. Faire cohabiter GNOME OS avec un autre système sur la même machine (double démarrage) n’est « ni recommandé ni officiellement pris en charge ». L’installateur, enfin, est qualifié de provisoire par le billet. S’il fournit une clé de récupération à la fin, c’est que les données sont chiffrées : il faut la noter sur un autre appareil.
Pour qui veut simplement regarder, le site propose une autre voie : installer la préversion dans une machine virtuelle avec Boxes, l’outil de virtualisation de GNOME. Le site affiche aussi une prise en charge des processeurs ARM ; côté téléphones, la documentation indique que le système n’a été essayé que sur le OnePlus 6 et le Fairphone 5.
Les chantiers avant une version stable
Le billet liste ce qui manque pour déclarer GNOME OS stable. En tête de liste figure systemd-homed, un composant qui gère les comptes et chiffre séparément le dossier personnel de chaque utilisateur, pour une protection plus forte des données. Ce chantier a été en partie financé par la Sovereign Tech Agency, agence publique allemande, qui a investi un million d’euros dans GNOME en 2023 et 2024, notamment pour chiffrer individuellement les dossiers personnels grâce à systemd-homed.
Suivent un installateur complet, une meilleure intégration de la puce de sécurité TPM (qui conserve les clés de chiffrement sur la carte mère) avec un écran de récupération graphique, et des mises à jour différentielles : aujourd’hui, chaque mise à jour oblige à télécharger « une image complète de 2 Go ». Le projet veut aussi mieux prendre en charge le matériel ARM, dont « certains modèles de téléphones », et livrer ses applications préinstallées au format Flatpak. Un projet « STF », sigle habituel du Sovereign Tech Fund, programme de la même agence, doit élargir la gamme d’applications utilisables, avec les réseaux privés virtuels (VPN) en exemple ; le billet n’en donne ni le montant ni le calendrier.
Une place à côté de Silverblue et de KDE Linux
GNOME OS n’est pas le premier système à image à proposer GNOME. Fedora Silverblue offre déjà « le bureau GNOME » en version atomique : le système est mis à jour « en une fois », et « une version précédente est toujours conservée ». La différence tient à l’engagement : Fedora annonce que chaque version de Silverblue est mise à jour pendant environ treize mois, là où GNOME OS ne promet encore rien de précis.
En face, le projet KDE, l’autre grand bureau libre, mène la même démarche avec KDE Linux, un système à image construit à partir de paquets d’Arch Linux, où les applications viennent elles aussi « principalement de Flatpak ». Il en est à un stade moins avancé : KDE le présente comme un logiciel « alpha », disponible seulement en édition de test, et le déconseille aux utilisateurs non techniciens. KDE a par ailleurs abandonné la session X11 avec Plasma 6.8, le 14 octobre.
Les deux projets convergent vers le même modèle : un système de base figé, des applications isolées. Avec sa préversion, GNOME franchit une étape que KDE n’a pas encore atteinte : un système maison qu’il juge assez solide pour un usage quotidien. Il lui reste ce que ses auteurs posent eux-mêmes comme condition d’une version stable : un chemin de mise à jour durable, qui permette de passer d’une version à la suivante sans tout réinstaller.
Citations traduites de l’anglais par la rédaction.



