SciencesExplication
Swift éteint, SVOM et Einstein Probe guettent les sursauts gamma
Swift, le télescope de la NASA qui repérait en une minute les explosions les plus violentes du cosmos, a cessé d’observer le 20 octobre. Deux satellites, le chinois Einstein Probe et le franco-chinois SVOM, prennent un relais partiel.

Le 20 octobre, à 275 kilomètres d’altitude, le satellite Swift n’arrivait plus à compenser le freinage de l’air raréfié qui l’entoure : il s’est mis en mode de sûreté, et l’équipe qui le pilote depuis l’université d’État de Pennsylvanie lui a envoyé une commande qui a « de fait mis fin » à ses opérations, a annoncé la NASA le 23 octobre. Le télescope doit rentrer dans l’atmosphère « dans les prochaines semaines ». Au 26 octobre, l’agence n’avait publié ni date, ni zone de rentrée, ni évaluation du risque au sol.
Les astronomes perdent un outil sans équivalent exact. Pendant presque 22 ans, Swift a été le guetteur qui donnait l’alerte quand une étoile explosait à l’autre bout de l’Univers.
Une minute pour attraper une explosion
Un sursaut gamma est un éclair de rayons gamma, « la forme de lumière la plus énergétique » selon la NASA. Le CNES associe ces sursauts à la naissance violente d’un trou noir, par l’explosion d’une étoile massive ou la fusion de deux astres compacts, comme les étoiles à neutrons (des restes d’étoiles extrêmement denses). L’éclair s’éteint vite et laisse une lueur déclinante, la rémanence, en rayons X, en lumière visible et en ondes radio. Qui veut l’étudier doit arriver avant qu’elle ne s’efface.
C’était la spécialité de Swift. « Swift devait détecter et localiser les sursauts gamma, transmettre leur position aux autres observatoires, puis faire pivoter ses télescopes pour photographier leur emplacement avant que les rémanences ne s’effacent. Cela lui prenait en général environ une minute », résume S. Bradley Cenko, son chercheur principal, dans le communiqué de la NASA. Le satellite réunissait pour cela trois instruments : un télescope d’alerte en rayons gamma et deux télescopes, l’un en rayons X, l’autre en ultraviolet et en visible.
Le coup d’éclat date de mai 2005. Le sursaut GRB 050509B a duré 0,03 seconde ; Swift s’est tourné assez vite pour capter onze photons X de sa rémanence, la première jamais vue pour un sursaut court. Selon la NASA, cette observation a conforté l’idée que les sursauts courts naissent de la fusion d’étoiles à neutrons. Au total, Swift a observé plus de 2 000 sursauts et plus de 1 400 supernovas, suivi des étoiles déchirées par des trous noirs et des comètes, et nourri environ 7 000 publications. Prévu pour deux ans, il a fonctionné « plus de dix fois plus longtemps », souligne Shawn Domagal-Goldman, directeur de l’astrophysique à la NASA. La mission a été rebaptisée en 2018 en hommage à Neil Gehrels, son premier chercheur principal, après sa mort.
Le Soleil, puis un robot en panne
Tout satellite en orbite basse frotte contre les traces d’atmosphère qui subsistent à cette altitude et perd peu à peu de la hauteur. L’activité récente du Soleil a accentué ce freinage, et Swift s’est mis à descendre « plus vite que prévu ». Ses télescopes X et ultraviolet ont été éteints en février 2026 pour limiter la traînée, son détecteur gamma en avril, pour économiser l’énergie et orienter les panneaux solaires de la façon la moins freinante.
La NASA avait parié sur un sauvetage. Le 24 septembre 2025, elle a confié 30 millions de dollars à Katalyst Space Technologies, une jeune entreprise de Flagstaff (Arizona), pour construire un robot capable d’agripper Swift et de le remonter. « Nous sommes dans une course contre la montre », disait alors Shawn Domagal-Goldman. Le robot, LINK, a été lancé le 3 juillet 2026 par une fusée Pegasus XL de Northrop Grumman, depuis les îles Marshall. Fin juillet, il a eu des problèmes d’orientation et s’est mis à tourner sur lui-même. Selon Katalyst, deux de ses trois roues de réaction (des volants dont on fait varier la vitesse pour orienter un satellite sans carburant) ont été mises hors service par des problèmes de son système d’alimentation électrique. Le 19 août, la NASA et Katalyst ont renoncé à la capture. LINK s’est approché à 12 à 15 kilomètres de Swift pour tester ses manœuvres, puis sa mission s’est achevée au bout de 85 jours.
Swift a alors repris ses observations : télescopes X et ultraviolet le 26 août, détecteur gamma le 18 septembre, à 325 kilomètres d’altitude. Il a encore étudié « des centaines » de cibles, au prix d’une traînée accrue qui l’a fait chuter de nouveau, jusqu’au seuil fatal du 20 octobre.
Un relais assuré surtout par la Chine
Le successeur le plus proche est franco-chinois. SVOM, conçu par les agences spatiales chinoise (CNSA) et française (CNES) avec l’Académie chinoise des sciences, a été lancé le 22 juin 2024 sur une orbite de 625 kilomètres, plus de deux fois plus haute que celle où Swift a fini. Ses deux instruments français, ECLAIRs (rayons X et gamma) et MXT (rayons X de basse énergie), s’ajoutent à un détecteur gamma et un télescope visible chinois. Quand ECLAIRs repère un sursaut, la position est « transmise au sol en moins d’une minute » pour des télescopes robotiques, et le satellite peut « se réorienter très rapidement (en quelques minutes) ». Le CNES en attend « environ 80 sursauts gamma de tous types par an », pour une mission de trois ans au moins, prolongeable de deux. Swift en a enregistré un peu plus de 90 par an en moyenne.
Le second relais, Einstein Probe, lancé le 9 janvier 2024, est mené par l’Académie chinoise des sciences avec l’Agence spatiale européenne, l’institut Max-Planck de physique extraterrestre (Allemagne) et le CNES. Selon l’astrophysicien Giancarlo Ghirlanda, de l’Institut national d’astrophysique italien (INAF), il surveille environ un douzième du ciel et localise en moyenne un sursaut par semaine, expliquait-il en septembre. Le satellite Fermi de la NASA, lui, en détecte trois ou quatre par semaine, mais « ne parvient pas à les localiser avec précision », ce qui limite le suivi par les télescopes au sol.
Le partage des rôles se lisait déjà en mars, quand les télescopes X et ultraviolet de Swift étaient éteints. Le 16 mars 2026, Einstein Probe a signalé un sursaut, que Fermi n’a capté que sous son seuil de détection ; le télescope visible de SVOM l’a observé sur demande une dizaine d’heures plus tard, sans trouver de rémanence, selon la circulaire publiée le lendemain sur le réseau d’alerte des astronomes. Côté américain, plus aucun satellite ne réunit la détection, la position précise et le pointage automatique en une minute.
La NASA n’annonce pas de remplaçant. Elle dit vouloir « combler le manque » en attendant avec ses missions actuelles, et Shawn Domagal-Goldman décrit une agence qui étudie comment « utiliser et compléter » sa flotte, « des capacités commerciales rapides à mettre en orbite jusqu’à de nouvelles missions efficaces et innovantes ». Le communiqué ne donne ni calendrier ni budget.
Douze téraoctets pour la suite
Reste l’archive. Les données de Swift, publiques, pèsent environ 12 téraoctets, dont plus de 1,5 million d’images de son télescope ultraviolet et visible. La NASA compte sur elles pour « alimenter de nouvelles découvertes pendant des décennies encore » : les sursauts que SVOM et Einstein Probe signaleront demain se compareront aux deux mille que Swift a vus, bien après sa rentrée dans l’atmosphère.
Citations traduites de l’anglais et de l’italien par la rédaction.



