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Comment Perseverance a battu le record de distance hors de la Terre

Perseverance a évalué lui-même le terrain sur plus de 90 % de ses 45,22 km et dépassé, le 11 octobre, le record d’Opportunity, en cinq ans et demi contre près de quinze. Rouler face au Soleil l’oblige encore à s’arrêter tôt.

Une pente de sable ocre parsemée de pierres plates et de blocs clairs ; deux paires de traces de roues striées partent du bas de l'image et remontent vers une crête, sous un ciel jaune pâle.
Les traces de Perseverance photographiées par l’une de ses caméras de navigation le 11 octobre 2026, jour où un trajet de 91 mètres lui a fait dépasser la distance totale d’Opportunity.NASA/JPL-Caltech · source

Le 11 octobre, Perseverance a roulé 91 mètres au-delà du rebord ouest du cratère Jezero, et son compteur est passé à 45,22 km. Aucun engin n’avait parcouru autant de chemin hors de la Terre : le précédent record, 45,16 km, appartenait à Opportunity, un autre rover de la NASA arrêté en 2018. Celui-ci avait mis près de quinze ans à l’établir ; Perseverance, arrivé sur Mars en février 2021, l’a dépassé en cinq ans et demi, annonce la NASA. C’était le 2 006e sol de la mission, le sol étant le nom donné au jour martien.

Le résultat dépasse de loin ce qui était prévu. « La mission d’origine ne prévoyait pas plus de 12,4 miles [20 km] de conduite. Nous sommes allés bien au-delà », relève Steven Lee, chef de projet de Curiosity et de Perseverance au Jet Propulsion Laboratory (JPL), le centre de la NASA qui pilote les deux rovers. Selon lui, des trajets comme celui du 11 octobre sont devenus « routiniers ».

Un humain fixe les étapes, le rover choisit le chemin

Perseverance n’a pas de pilote en direct : Mars se trouve en moyenne à 225 millions de kilomètres de la Terre, et le délai des communications rend la conduite à distance en temps réel impossible. Depuis près de trente ans et sur plusieurs missions, des « conducteurs » au JPL étudient le terrain sur les images satellites et en relief, puis préparent un parcours jalonné de points de passage, en général espacés de 100 mètres au plus. Les instructions partent vers Mars pour être exécutées le lendemain.

Entre ces jalons, Perseverance décide le plus souvent seul. Son système de navigation autonome, AutoNav, photographie le terrain sans s’arrêter de rouler, en tire une carte en relief des obstacles et trace sa route jusqu’au point suivant ; l’équipe appelle cela « penser en conduisant ». Sa version actuelle, dite ENav (navigation améliorée), regarde jusqu’à 15 mètres devant et évalue chaque roue séparément face au relief, en respectant les zones que les opérateurs ont marquées comme interdites ou obligatoires. Pour vérifier qu’il a bien parcouru la distance attendue, le rover compare des images prises à intervalles réguliers en roulant : c’est l’odométrie visuelle.

L’écart avec les débuts tient dans deux nombres. Sojourner, le premier rover martien de la NASA, posé en 1997, jugeait le terrain devant lui à partir de 20 points de mesure ; Perseverance en traite 600 000 à chaque regard, selon l’agence. Il dispose d’un ordinateur réservé à la navigation, le même qui l’avait guidé pendant sa descente vers le sol martien. Le rover a parcouru plus de 90 % de sa distance totale en laissant AutoNav évaluer le terrain, contre environ 5 % pour Spirit et Opportunity, qui avaient inauguré une première version du système en 2004.

Curiosity, le rover précédent, toujours actif dans le cratère Gale depuis 2012, n’a pas pu s’en servir au début de sa mission. Des cailloux pointus perçaient ses roues et sa version d’AutoNav ne savait pas les éviter, expliquait en 2021 Jennifer Trosper, alors cheffe de projet de Perseverance. Les roues du nouveau rover ont été redessinées, plus grandes et plus étroites, avec 48 crampons au lieu de 24.

Des étapes longues, une moyenne modeste

Le gain se voit surtout dans la longueur des trajets. Perseverance peut rouler à sa vitesse de pointe tout en analysant le terrain, et a couvert jusqu’à 412 mètres en un seul sol. Ce record personnel date du 19 juin 2025 : 411,7 mètres en 4 h 24 environ, en direction du nord.

Rapportée à toute la mission, la moyenne est beaucoup plus modeste : environ 22 mètres par sol pour Perseverance, contre 9 mètres pour Opportunity sur ses 5 111 sols (calcul de la rédaction à partir des chiffres de la NASA). Les longues étapes restent l’exception : un rover scientifique passe aussi des sols à l’arrêt, à étudier les roches et à prélever des échantillons. Perseverance en a rempli 29, de roche ou de régolithe (la couche de poussière et de débris qui couvre le sol), sur le fond du cratère, dans un ancien delta fluvial et désormais sur son rebord. C’est là l’intérêt d’une conduite rapide, relevait en décembre 2025 Hiro Ono, chercheur en autonomie au JPL : elle a permis de « collecter rapidement une grande variété d’échantillons ».

Le Soleil, prochaine frontière

La conduite autonome a encore ses limites, et la NASA les nomme. La première tient à la lumière. « L’éblouissement des caméras de navigation explique pourquoi nous nous garons au milieu de l’après-midi si nous roulons face au Soleil », indique Mark Maimone, responsable adjoint des opérations robotiques de Perseverance. Apprendre au rover à voir malgré ces reflets donnerait, selon lui, « une journée de travail plus longue » à tous les rovers suivants.

Les autres chantiers sont en cours. Le dernier logiciel apprend à Perseverance à « moins braquer et rouler davantage », et à vérifier sa position sur des cartes prises depuis l’orbite en cours de trajet. En amont, le JPL a aussi testé, les 8 et 10 décembre 2025, des points de passage proposés par une IA générative, les modèles Claude d’Anthropic, à partir des images de la sonde Mars Reconnaissance Orbiter : 210 puis 246 mètres parcourus. Les commandes n’ont été envoyées qu’après passage dans un « jumeau numérique » du rover, une réplique logicielle, qui a contrôlé plus de 500 000 paramètres. Le travail de préparation reste donc humain, même quand une partie en est automatisée.

Ce que dit le compteur, et ce qu’il ne dit pas

Le record compare des engins très différents. Sojourner, de la taille d’un four à micro-ondes, a parcouru une centaine de mètres en 83 sols ; Spirit, 7,7 km avant de succomber à l’hiver martien en 2010 ; Curiosity, toujours en route, affiche plus de 38,07 km. Sur la Lune, Perseverance a déjà dépassé les 35,7 km des astronautes d’Apollo 17 Eugene Cernan et Harrison Schmitt, en 1972, et les 39 km du rover soviétique Lunokhod 2, en 1973. La NASA en a tiré une infographie comparative.

Ces distances restent des estimations, et elles peuvent bouger. Le compteur des rovers martiens additionne les distances commandées à chaque trajet, pas une distance mesurée au sol : c’est ce cumul qui départage Perseverance et Opportunity, selon un article d’ingénieurs du JPL présenté en 2026. Perseverance contrôle pourtant sa position réelle : fin 2025, plus de 99 % de ses trajets avaient fait appel à l’odométrie visuelle pour mesurer où il se trouvait et de combien il patinait. Lunokhod 2 a longtemps été crédité de 37 km, mesurés au nombre de tours de roue et sur des cartes peu précises. Or le patinage rend très difficile de convertir ces tours en distance réelle, rappelait en 2013 The Planetary Society. Des chercheurs russes ont alors retracé ses traces sur les images de la sonde américaine Lunar Reconnaissance Orbiter et trouvé environ 42 km. Après une nouvelle mesure par l’université de Moscou puis par l’université Washington de Saint-Louis, l’équipe de la caméra de la sonde a retenu « environ 39 km » en 2014. Les 60 mètres qui séparent aujourd’hui Perseverance d’Opportunity sont donc un écart de compteur plus qu’une mesure au mètre près ; le rover continuant de rouler, l’écart va de toute façon se creuser.

Le record ne dit rien non plus, à lui seul, de la science produite, et il ne fait pas de Perseverance un engin livré à lui-même : où aller, et pourquoi, reste décidé chaque jour par l’équipe au sol.

Jusqu’à fin 2028, vers certaines des plus vieilles roches explorées

La mécanique, elle, a de la marge. À l’été 2025, le JPL a certifié que les moteurs qui font tourner les roues peuvent fonctionner au moins 60 km de plus, et jugé que les sous-systèmes du rover peuvent fonctionner jusqu’en 2031 au moins ; des tests comparables étaient en cours sur les freins. La NASA a récemment approuvé la première prolongation de la mission, commencée en octobre, qui doit mener l’exploration du rebord du cratère jusqu’à fin 2028 environ.

Le jour du record, Perseverance traversait une zone surnommée « Lac de Charmes », au-delà du rebord ouest de Jezero, en direction d’un secteur appelé « Idubi ». Lac de Charmes pourrait compter, selon la NASA, parmi les terrains les plus anciens jamais explorés dans le système solaire : ses roches sont si anciennes que leurs équivalents terrestres ont été effacés depuis longtemps par l’érosion et la tectonique des plaques. À Idubi, l’équipe scientifique espère trouver les traces d’anciens systèmes hydrothermaux, des circulations d’eau chaude dans la roche. Le rover partira ensuite vers le sud, jusqu’à « Rainbow Falls », un bloc de croûte ancienne de 100 mètres de large soulevé par l’impact qui a creusé le cratère.

Les citations en anglais sont traduites par la rédaction. Les agents qui préparent les articles de L’Octet s’appuient sur un modèle d’Anthropic, dont les modèles Claude ont servi à la démonstration de décembre 2025 évoquée ici.

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