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La carte de l’ANFR estime les ondes des antennes derrière vos fenêtres

Annoncée le 16 octobre par l’ANFR, une vue du site public Cartoradio colore chaque façade selon le niveau d’ondes estimé à l’intérieur, près des fenêtres. Une estimation calculée pour être plutôt haute, pas une mesure : celle-ci reste gratuite, sur demande.

Plan d'un quartier de Paris autour du métro Richard-Lenoir : les contours des bâtiments sont colorés selon le niveau d'ondes estimé à l'intérieur, presque tous en violet foncé ; à droite, le panneau de réglages avec l'option « Intérieur » activée et l'échelle de couleurs en V/m.
La vue « Intérieur » de Cartoradio dans le 11e arrondissement de Paris : chaque façade prend la couleur du niveau estimé derrière ses fenêtres.Capture d’écran de Cartoradio par L’Octet numérique, 17 octobre 2026 (© Cartoradio – ANFR ; fond de carte © IGN, © OpenStreetMap)

Taper son adresse sur Cartoradio.fr, ou dans l’application mobile OpenBarres, ne montre plus seulement l’exposition aux ondes dans la rue : chaque façade d’immeuble porte désormais une couleur, qui estime le niveau reçu à l’intérieur, près d’une fenêtre, en provenance des antennes de téléphonie mobile du voisinage. L’Agence nationale des fréquences (ANFR), l’établissement public qui gère les fréquences radio et contrôle l’exposition du public, a annoncé ces cartes le 16 octobre.

En bref

  • Ce que montre la couleur : un niveau de champ électrique, en volts par mètre (V/m, l’unité qui mesure l’intensité des ondes radio en un point), calculé derrière un double vitrage ordinaire. Sur 90 % de la façade, le niveau calculé est inférieur à la valeur de la couleur ; sur 10 %, il est supérieur.
  • Ce que ce n’est pas : une mesure. L’ANFR le répète, seules les mesures sur place « permettent de certifier le niveau d’exposition ».
  • Ce qu’on peut en faire : repérer un logement très exposé par rapport à son quartier, puis demander une mesure, gratuite pour le demandeur.
  • Les seuils à garder en tête : selon l’ANFR, les valeurs de la palette restent sous les valeurs limites réglementaires de la téléphonie mobile, de 36 à 61 V/m selon les fréquences.

Une carte calculée, façade par façade

La version extérieure du simulateur existe depuis avril 2025 ; Next l’avait présentée le 11 avril 2025. Elle donne le niveau calculé à 1,5 m au-dessus du sol. La nouveauté porte sur l’intérieur des bâtiments.

Le calcul repose sur un modèle en trois dimensions du territoire, construit à partir des bases cartographiques de l’IGN (relief et bâtiments), et sur les caractéristiques des stations de téléphonie mobile autorisées par l’ANFR. L’agence fait propager les ondes de chaque antenne dans ce décor, en tenant compte, selon sa foire aux questions, de « la puissance des émetteurs, leur orientation, les fréquences considérées et l’effet des obstacles ». Le niveau obtenu sur chaque façade sert ensuite à estimer celui de l’intérieur.

L’outil a été développé avec la Direction générale de la prévention des risques du ministère de la Transition écologique, le Centre scientifique et technique du bâtiment (CSTB) et la société Geomod. Il était prévu par le quatrième Plan national santé environnement, le programme gouvernemental qui couvrait 2021 à 2025. Les stations nouvelles ou modifiées sont intégrées chaque mois, les changements de bâtiments une fois par an.

Lire la couleur de sa façade

La palette va du violet foncé au jaune, puis à l’orange. Selon l’ANFR :

  • violet foncé : les niveaux les plus bas, jusqu’à 0,4 V/m. Ce plancher a été fixé « sensiblement » au seuil de sensibilité des sondes utilisées pour les mesures de terrain : en dessous, un appareil de mesure ne distingue plus grand-chose ;
  • teintes intermédiaires, du violet au bleu puis au vert à mesure que le niveau monte : la légende de Cartoradio les découpe en tranches de 0,4 à 1 V/m, 1 à 2, 2 à 3, 3 à 4, 4 à 5, 5 à 6, 6 à 9 et 9 à 12 V/m ;
  • jaune : entre 12 et 24 V/m, « souvent » à proximité des antennes ;
  • orange : au-delà de 24 V/m.

La couleur d’une façade ne donne pas une moyenne. Elle correspond à ce que les statisticiens appellent le 90e centile : la valeur sous laquelle se trouvent 90 % des niveaux calculés sur cette façade. L’ANFR explique son choix : une moyenne aurait minimisé les étages les plus exposés, et le maximum aurait correspondu à des endroits où personne ne vit, « au niveau d’un plafond » par exemple. L’agence parle d’« un majorant raisonnable » : dans la plupart des pièces donnant sur cette façade, le niveau calculé est égal ou inférieur à celui qu’indique la couleur.

Un immeuble sans couleur n’est pas une erreur d’affichage : dans ces cas, que l’ANFR dit « rares », la base de l’IGN ne contient pas la hauteur du bâtiment.

Vos fenêtres changent le résultat

Le calcul suppose partout un double vitrage « basique », qui affaiblit le signal de 3,8 décibels (une perte d’environ un tiers du champ électrique), sur toute la surface des façades. Les fenêtres réelles s’en écartent, et l’ANFR chiffre l’effet dans sa foire aux questions :

  • simple vitrage : la simulation surestime l’affaiblissement d’environ 20 %, le niveau réel peut donc être un peu plus élevé que la couleur ;
  • fenêtre ouverte : surestimation d’environ 35 % ;
  • vitrage isolant à faible émissivité (double ou triple vitrage récent, traité pour retenir la chaleur grâce à une fine couche métallique) : la simulation sous-estime cette fois l’affaiblissement « d’un facteur 100 à 1000 ». Derrière ce type de vitrage, le niveau réel est très inférieur à celui qu’affiche la carte.

Autrement dit, la même couleur ne signifie pas la même chose dans un appartement ancien aux fenêtres d’origine et dans un logement rénové.

Ce que la carte ne montre pas

La simulation ne prend en compte que les stations de téléphonie mobile installées en extérieur, autorisées par l’ANFR et déclarées en service par les opérateurs. Elle laisse donc de côté :

  • les antennes installées en intérieur (quais de métro, gares, centres commerciaux, parkings), que Next relevait dès la version extérieure ;
  • les autres sources d’ondes : box Wi-Fi, émetteurs de radio et de télévision, que la mesure de terrain distingue, elle, selon Service-public.fr ;
  • son propre téléphone, dont l’exposition se mesure autrement, par le débit d’absorption spécifique (le DAS, dont nous avons expliqué le contrôle) ;
  • dans les zones frontalières, les antennes des opérateurs étrangers : seules les stations françaises entrent dans le calcul ;
  • le « périmètre de sécurité » de quelques mètres qui entoure chaque antenne, où les valeurs limites sont dépassées : l’ANFR précise que ces zones sont inaccessibles au public (sommet de pylône) ou délimitées par une chaîne (toit d’immeuble).

L’ANFR ajoute que la base de l’IGN, « très précise », reste une description simplifiée des constructions. Les résultats ne sont pas non plus téléchargeables : l’export en données ouvertes n’est « pas encore possible ».

Où se situent ces niveaux

La France applique des valeurs limites fixées par un décret de 2002 : 36 V/m pour les fréquences de 700 MHz, jusqu’à 61 V/m au-delà de 2 GHz. Selon l’ANFR, les valeurs de la palette, qui s’arrêtent à 24 V/m, sont toutes inférieures à ces limites ; la classe orange n’a pas de borne haute, et quand une zone orange est accessible au public, l’agence y fait mesurer le champ pour s’assurer que les valeurs limites ne sont pas dépassées. Dans son communiqué, l’ANFR affirme que les niveaux simulés, à l’intérieur comme à l’extérieur, « restent très inférieurs aux valeurs limites réglementaires ».

Entre les deux existe un seuil d’alerte, celui du « point atypique » : un lieu de vie où l’exposition mesurée dépasse nettement ce que l’on observe ailleurs en France. Depuis le 1er janvier 2026, l’ANFR le place à 9 V/m, contre 6 V/m depuis 2017. Quand elle en détecte un, elle demande aux opérateurs de modifier leur installation. Une façade calculée au-dessus de 9 V/m ne constitue pas pour autant un point atypique : l’ANFR rappelle que seule une mesure permet de le constater.

À l’autre bout de l’échelle, le violet foncé (moins de 0,4 V/m) est proche du niveau le plus courant. Selon le dernier rapport annuel de l’ANFR, la moitié des 2 373 mesures réalisées en 2024 dans le cadre du dispositif national se situaient sous 0,48 V/m (0,38 V/m pour les seules mesures en intérieur), et 68,2 % sous 1 V/m ; 3,8 % dépassaient 6 V/m.

Simulation ou mesure : laquelle croire

Les deux ne répondent pas à la même question. La simulation donne une estimation partout ; la mesure donne le niveau réel en un point et vérifie le respect des valeurs limites. Si une mesure faite chez vous diffère de la couleur, la foire aux questions avance la même explication dans les deux sens : la carte affiche le 90e centile des niveaux calculés derrière un double vitrage, pas le niveau de votre pièce.

L’ANFR reconnaît d’autres sources d’écart. Le calcul part de la puissance maximale déclarée par l’opérateur, alors que « les puissances effectivement utilisées par les opérateurs peuvent être inférieures à celles déclarées ». La position déclarée des antennes peut aussi différer de la réalité. Pour la validation, l’agence cite une comparaison faite à Paris : la répartition des niveaux simulés ne s’écarte pas de plus de 5 % de celle de trois cents mesures réalisées au sol. Ce test porte sur l’extérieur ; l’ANFR n’en publie pas d’équivalent pour l’intérieur dans sa foire aux questions.

L’agence se sert d’ailleurs de ces cartes pour choisir où envoyer ses propres équipes : là où l’exposition calculée est élevée, elle mesure sur le terrain et, en cas de dépassement des valeurs limites, demanderait l’arrêt immédiat de l’émetteur.

Demander une mesure chez soi

Toute personne peut faire mesurer l’exposition dans un logement ou un lieu ouvert au public, et « cette démarche est gratuite », indique la page de l’ANFR consacrée aux demandes. Les étapes :

  1. remplir le formulaire sur mesures.anfr.fr ;
  2. le faire signer par un organisme habilité : la commune ou l’intercommunalité, l’agence régionale de santé, ou certaines associations agréées par le ministère de l’Environnement ou de la Santé ;
  3. la demande arrive à l’ANFR, qui envoie un laboratoire accrédité et indépendant.

Qui paie ? L’ANFR gère le financement et rémunère elle-même les laboratoires ; le demandeur ne débourse rien. Le rapport indique si le lieu respecte la réglementation et détaille l’exposition par bande de fréquence et par service (téléphonie mobile, Wi-Fi, radio, télévision). Une synthèse part aussi à la mairie, à l’organisme signataire et à l’occupant ou au propriétaire, selon Service-public.fr. Les résultats sont ensuite publiés sur Cartoradio, où l’on peut consulter les mesures déjà faites près de chez soi. Les lignes électriques à haute tension ne relèvent pas de ce dispositif.

Une antenne mal placée, un immeuble oublié

La carte dépend de deux bases de données, celle des antennes et celle des bâtiments, et l’une comme l’autre peuvent se tromper. Pour signaler une anomalie (antenne mal positionnée, bâtiment mal décrit, résultat qui semble aberrant), l’ANFR propose un formulaire de contact qui accepte jusqu’à cinq pièces jointes ; elle invite à joindre des photos et dit être « dans une dynamique de vérification et de correction de ses bases de données ».

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