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Les alertes séisme d’Android gagnent huit territoires d’outre-mer

La Martinique, La Réunion, Mayotte et la Belgique sont parmi les 115 pays et territoires ajoutés le 15 octobre aux alertes de séisme d’Android. Elles peuvent devancer les secousses de quelques secondes, mais ont déjà sous-estimé un séisme meurtrier.

À Fort-de-France, Saint-Denis de La Réunion, Mamoudzou, Cayenne, Papeete ou Nouméa, un téléphone Android peut désormais recevoir une alerte quand la terre commence à trembler, et servir lui-même de capteur. Google a annoncé le 15 octobre l’extension de son système d’alertes sismiques « de 98 pays et régions à plus de 200 ». Son billet ne cite que deux nouveaux venus, le Panama et le Guatemala ; le déploiement a commencé le jour même et doit être achevé « au cours de la semaine suivante », précise une note.

Schéma en cinq étapes : l'onde P arrive ; un téléphone immobile la perçoit par son accéléromètre et envoie un signal ; les serveurs de Google croisent les signaux et estiment lieu et magnitude ; l'alerte part, en trois niveaux, à partir de 4,5 ; puis arrive l'onde S, plus destructrice. L'alerte peut arriver avant, pendant ou après.
L’Octet numérique, d’après Google (page d’aide Android, Google Research) et Allen et al., Science, 2025Photo des vignettes : Z22, sismographe de l’observatoire de Weston (Massachusetts), CC BY-SA 3.0, via Wikimedia CommonsAgrandir l’image (JPEG, 1 600 × 900 px, 221 Ko)

Les alertes sont activées par défaut, indique la page d’aide d’Android : un utilisateur des territoires concernés n’a rien à faire pour les recevoir, à condition d’avoir le Wi-Fi ou les données mobiles activés. Le système ne concerne que les téléphones Android ; la page ne précise pas de version minimale du système.

De la Martinique à Wallis-et-Futuna, l’outre-mer entre dans la liste

Google ne publie pas la liste des ajouts. Nous l’avons établie en comparant deux versions de la même page d’aide, relevées le 16 octobre : la version anglaise, déjà à jour, compte 213 pays et territoires ; la version française, qui n’avait pas encore été mise à jour, en compte 98, soit exactement le nombre que Google donne pour la couverture d’avant. Les 98 noms de la page française se retrouvent tous dans la page anglaise ; l’écart, 115 entrées, correspond aux ajouts.

Pour l’outre-mer français, huit territoires entrent dans la liste : la Martinique, la Guyane, La Réunion, Mayotte, Saint-Pierre-et-Miquelon, la Polynésie française, la Nouvelle-Calédonie et Wallis-et-Futuna. La France, la Guadeloupe, Saint-Barthélemy et Saint-Martin y figuraient déjà. Avec cette extension, tous les départements et collectivités d’outre-mer, ainsi que la Nouvelle-Calédonie, figurent dans la liste. Jusqu’ici, la Guadeloupe y était mais pas la Martinique voisine ; les pages de Google n’expliquent pas ce découpage.

Ailleurs dans le monde francophone, la Belgique, le Luxembourg et Monaco font leur entrée, ainsi qu’une grande partie de l’Afrique de l’Ouest et centrale (Sénégal, Côte d’Ivoire, Mali, Burkina Faso, Niger, Bénin, Togo, Guinée, Cameroun, Gabon, Congo, RD Congo, Centrafrique, Tchad) et de l’océan Indien (Madagascar, Maurice, Comores, Seychelles), ainsi que le Rwanda, le Burundi et la Mauritanie. La Suisse, l’Algérie, la Tunisie, le Liban, Djibouti et Haïti étaient déjà couverts.

Restent absents des deux listes, entre autres, le Maroc, le Canada, l’Italie, le Japon, le Mexique, la Chine et l’Indonésie. Google ne commente pas ces absences dans son billet.

Les 115 pays et territoires ajoutés le 15 octobre (comparaison des pages d’aide du 16 octobre)

Outre-mer français (8) : Guyane, La Réunion, Martinique, Mayotte, Nouvelle-Calédonie, Polynésie française, Saint-Pierre-et-Miquelon, Wallis-et-Futuna.

Europe (22) : Andorre, Belgique, Danemark, Estonie, Finlande, Gibraltar, Guernesey, île de Man, îles Féroé, Jersey, Lettonie, Liechtenstein, Lituanie, Luxembourg, Malte, Monaco, Norvège, Pays-Bas, Pologne, Royaume-Uni, Suède, Svalbard et Jan Mayen.

Afrique (45) : Afrique du Sud, Angola, Bénin, Botswana, Burkina Faso, Burundi, Cameroun, Cap-Vert, Centrafrique, Comores, Congo (Brazzaville), Côte d’Ivoire, Eswatini (inscrit sous son ancien nom, Swaziland), Gabon, Gambie, Ghana, Guinée, Guinée-Bissau, Guinée équatoriale, Kenya, Lesotho, Liberia, Libye, Madagascar, Malawi, Mali, Maurice, Mauritanie, Mozambique, Namibie, Niger, Nigeria, Ouganda, République démocratique du Congo, Rwanda, Sainte-Hélène, Ascension et Tristan da Cunha, Sao Tomé-et-Principe, Sénégal, Seychelles, Sierra Leone, Soudan du Sud, Tchad, Togo, Zambie, Zimbabwe.

Amériques et Groenland (21) : Bahamas, Bermudes, Bonaire, Saint-Eustache et Saba, Costa Rica, Curaçao, Groenland, Guatemala, Guyana, îles Caïmans, îles Turques-et-Caïques, îles Vierges britanniques, îles Vierges des États-Unis, Montserrat, Panama, Paraguay, Porto Rico, Saint-Christophe-et-Niévès, Sainte-Lucie, Saint-Vincent-et-les-Grenadines, Suriname, Uruguay.

Asie et Pacifique (19) : Brunei, Cambodge, Fidji, Guam, îles Cook, îles Mariannes du Nord, îles Marshall, îles mineures éloignées des États-Unis, Kiribati, Maldives, Micronésie, Niue, Palaos, Samoa, Samoa américaines, Singapour, Sri Lanka, Tonga, Viêt Nam.

Des milliers de téléphones en guise de sismomètres

Dans la plupart des pays, il n’y a pas de réseau de capteurs derrière ces alertes : ce sont les téléphones eux-mêmes. Chaque smartphone contient un accéléromètre, la petite puce qui sent les mouvements et fait pivoter l’écran. D’après Google Research, quand un téléphone immobile, posé sur une table par exemple, perçoit l’onde P, la première onde d’un séisme, rapide et peu destructrice, il envoie un signal accompagné d’une position approximative aux serveurs de Google. Ceux-ci croisent les signaux de nombreux appareils pour confirmer qu’il s’agit d’un séisme, en estimer le lieu et la magnitude, puis alertent les téléphones de la zone avant l’arrivée de l’onde S, plus lente et plus destructrice. Seule exception, la côte ouest des États-Unis (Californie, Oregon, Washington), où les alertes reposent sur le réseau de capteurs public ShakeAlert.

Les alertes ne partent que pour un séisme de magnitude 4,5 ou plus, selon la page de Google consacrée au système. Elles se déclinent en trois niveaux selon l’intensité des secousses attendues à l’endroit où se trouve le téléphone : « Be Aware » (soyez attentif), une notification pour des secousses légères ; « Be Ready » (soyez prêt), pour des secousses nettement ressenties ; « Take Action » (agissez), une alerte en plein écran, sonore même en mode « Ne pas déranger », pour des secousses modérées à fortes, avec des consignes de mise à l’abri. Google annonce pour « les prochains mois » une version enrichie de l’alerte « Be Ready », avec une carte de la zone où des secousses ont été détectées et la magnitude estimée.

L’avance est de quelques secondes, parfois davantage loin de l’épicentre. Lors d’un séisme de magnitude 6,7 aux Philippines en novembre 2023, la première alerte est partie 18,3 secondes après le début de la rupture et les habitants proches de l’épicentre ont eu jusqu’à 15 secondes d’avance, selon Google. Le bilan publié dans Science en juillet 2025 par des ingénieurs de Google et le sismologue Richard Allen (université de Californie à Berkeley, qui est aussi chercheur chez Google) montre la limite de l’exercice : parmi quelque 1,5 million de personnes alertées qui ont répondu au questionnaire de Google entre février 2023 et avril 2024, 85 % ont senti la secousse, mais seules 36 % disent avoir reçu l’alerte avant, 28 % pendant et 23 % après (13 % ne savent pas).

Turquie, Brésil : les ratés reconnus

La page d’aide prévient elle-même que « tous les séismes ne peuvent pas être détectés », que magnitude et intensité estimées « peuvent être erronées » et qu’une alerte peut arriver « avant, pendant ou après » les secousses. Deux épisodes ont montré ce que cela veut dire.

Le 6 février 2023, lors du séisme de magnitude 7,8 de Kahramanmaraş, dans le sud-est de la Turquie, le système a estimé la magnitude entre 4,5 et 4,9, reconnaît l’article de Science : environ 500 000 alertes « Be Aware » sont parties, alors que le même séisme, rejoué après coup avec l’algorithme actuel, aurait déclenché des alertes « Take Action » sur 10 millions de téléphones. Selon la BBC, citée par The Decoder et 9to5Google, seules 469 personnes avaient reçu une alerte « Take Action ». En 2023, Google avait assuré à la BBC que le système avait « bien fonctionné » ; l’étude écrit désormais que « l’analyse menée après l’événement a révélé plusieurs limites des algorithmes de détection, améliorés depuis ». « On ne parle pas d’un petit événement, des gens sont morts », a réagi Elizabeth Reddy, chercheuse à la Colorado School of Mines, interrogée par la BBC.

Dans l’autre sens, le 14 février 2025 vers 2 heures du matin, des utilisateurs du littoral de l’État de São Paulo, au Brésil, ont reçu en pleine nuit l’alerte d’un séisme de magnitude 5,5 qui n’avait pas eu lieu. Google a désactivé le système dans le pays, et rappelé dans une déclaration citée par 9to5Google qu’il s’agit d’un dispositif « complémentaire », qui « n’est pas conçu pour remplacer un autre système d’alerte officiel ». Le Brésil figure aujourd’hui dans la liste des pays couverts.

Couper les alertes, ou seulement ne pas servir de capteur

Les deux réglages sont distincts. Pour ne plus recevoir d’alertes : Paramètres, puis Sécurité et urgences, puis Alertes de séisme (sur certains téléphones, Position, puis Avancée). Pour que son téléphone ne participe plus à la détection, il faut désactiver la Précision de la localisation Google. Google affirme que les positions utilisées sont approximatives et ne servent ni à identifier ni à localiser un utilisateur.

L’argument de Google tient en une phrase de son article de Science : les systèmes d’alerte précoce se multiplient, mais les réseaux sismiques régionaux dont ils ont besoin « n’existent pas dans de nombreux pays exposés aux séismes ». Les téléphones comblent ce vide, avec les limites de capteurs qui n’ont pas été conçus pour cela. Dans les territoires qui viennent d’entrer dans la liste, le système ne montrera ce qu’il vaut qu’au premier séisme ressenti.

Les citations de Google, de l’étude de Science et d’Elizabeth Reddy sont traduites de l’anglais par la rédaction.

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