InternetExplication
L’écran de choix de Google pourrait s’ouvrir à ChatGPT au Royaume-Uni
Le régulateur britannique propose d’admettre, parmi les moteurs de recherche proposés sur Android et Chrome, les assistants d’IA qui cherchent sur le Web et citent leurs sources. Mozilla veut y ajouter le choix du navigateur, déjà imposé dans l’Union européenne.

Au Royaume-Uni, la personne qui configure un téléphone Android ou ouvre Chrome pour la première fois pourrait bientôt voir ChatGPT ou Perplexity proposés à côté des moteurs classiques comme service de recherche par défaut. C’est ce que propose l’autorité britannique de la concurrence (Competition and Markets Authority, CMA) depuis le 23 septembre. La consultation s’est close le 9 octobre ; la décision est attendue « d’ici la fin de l’année », sans date plus précise.
Le 20 octobre, Mozilla, l’éditeur de Firefox, a publié sa réponse : d’accord sur le principe, mais il manque selon lui l’essentiel, le choix du navigateur lui-même.
Une obligation tirée du statut de « marché stratégique »
La CMA a désigné Google en octobre 2025 comme entreprise à « statut de marché stratégique » pour la recherche en ligne et la publicité qui l’accompagne. Ce statut lui permet d’imposer à l’entreprise des « exigences de conduite » sur mesure. D’autres obligations sont déjà en vigueur depuis juin 2026 (contrôle des éditeurs de presse sur l’usage de leurs contenus le 3 juin, classement équitable des résultats et portabilité des données le 17 juin), selon le communiqué de la CMA. La même autorité a ouvert une procédure semblable contre Microsoft, que nous avions expliquée.
Le projet du 23 septembre, qui révise une première version soumise à consultation en janvier, prévoit :
- un écran de choix du service de recherche à la première utilisation d’un téléphone Android et à l’ouverture de Chrome ;
- une nouvelle invitation à choisir chaque année ;
- l’admission des assistants d’IA qui remplissent des exigences « techniques et de sécurité » ;
- une obligation, pour tout service présent à l’écran, d’attribuer équitablement les contenus des éditeurs, afin que l’utilisateur sache d’où vient une réponse et puisse remonter à la source.
Le document de consultation de la CMA en précise la portée. Sur les téléphones Android mis en vente après l’entrée en vigueur, l’écran réglerait d’un coup l’application de recherche par défaut, le widget de recherche (la barre de recherche posée sur l’écran d’accueil) et la barre d’adresse de Chrome. Chrome serait aussi concerné sur les autres systèmes (Windows, iOS…), avec un écran imposé aux utilisateurs actuels lors de sa première mise à jour importante. Les services seraient présentés dans un ordre « entièrement aléatoire », l’utilisateur devrait faire défiler toute la liste avant de valider et pourrait « essayer » un service pendant une période que la CMA ne veut pas plus courte qu’une semaine. Pour être admis, un service devrait notamment savoir chercher sur le Web et, s’il rédige des résumés par IA, attribuer clairement ses sources avec un moyen d’y accéder ; Google fixerait des exigences minimales de sécurité.
Pourquoi un assistant d’IA y entre
La CMA justifie l’ouverture par l’usage. « La façon dont les gens cherchent de l’information en ligne change », dit sa directrice générale, Sarah Cardell. Selon l’autorité, de plus en plus de gens utilisent un assistant d’IA pour chercher, alors que les écrans de choix actuels ne proposent que des moteurs.
L’exigence d’attribution est la contrepartie. Un assistant qui résume des articles sans renvoyer vers eux garde le lecteur chez lui. La CMA fait de l’attribution des sources une condition d’entrée sur l’écran, dans la ligne des règles qu’elle a déjà imposées à Google en juin sur le contrôle des éditeurs.
Ce que demande Mozilla : le navigateur d’abord
L’argument de Mozilla tient en une image : « Personne ne choisit les meubles avant la maison. » Le navigateur contient le moteur de recherche par défaut ; demander à quelqu’un de choisir son moteur dans un navigateur qu’il n’a jamais choisi laisse intact, selon Mozilla, le problème relevé par la CMA elle-même dans son enquête sur les navigateurs mobiles, où la préinstallation et les réglages par défaut freinaient la concurrence.
Mozilla s’appuie sur l’étude d’usagers commandée par la CMA : les participants confondaient souvent navigateur et service de recherche et ne savaient pas ce que changer de moteur allait modifier. D’où sa demande : que la CMA ouvre « dès maintenant » une consultation sur un écran de choix du navigateur pour les plateformes mobiles d’Apple et de Google, afin que les deux écrans arrivent en même temps, le navigateur d’abord, le moteur ensuite. L’intérêt commercial est évident : Mozilla affirme que Firefox est choisi toutes les dix secondes sur un écran de choix européen, avec une rétention cinq fois supérieure aux téléchargements spontanés. Ces chiffres sont les siens et ne sont pas vérifiables de l’extérieur.
Et dans l’Union européenne ?
L’Europe impose déjà ces écrans, au titre du règlement sur les marchés numériques (DMA). Son article 6 § 3 oblige un « contrôleur d’accès » (une plateforme désignée par la Commission pour sa taille et son rôle d’intermédiaire) à faire choisir à l’utilisateur, dans une liste des principaux fournisseurs, le moteur de recherche, le navigateur ou l’assistant virtuel vers lequel son système d’exploitation dirige par défaut, ainsi que le moteur de recherche par défaut de son navigateur et de son assistant. Sur Android, Google montre ainsi un écran de choix du navigateur puis du moteur à la configuration ; Apple affiche un écran de choix du navigateur sur iOS.
Un assistant d’IA n’y figure pas aujourd’hui. Les critères publiés par Google pour l’écran européen exigent un « service de recherche générale », proposé comme service et marque distincts, avec une application gratuite sur Google Play et au moins 5 000 installations ; l’écran montre huit moteurs dans un ordre aléatoire, et la page ne mentionne ni assistant ni agent conversationnel. Quant au volet « assistant virtuel » du DMA, il n’a pas ouvert l’écran européen aux assistants : la liste de la Commission ne compte aucun assistant parmi les services désignés chez Alphabet (ni chez les autres contrôleurs d’accès).
Bruxelles avance par une autre voie. Le 16 juillet 2026, la Commission a ordonné à Google d’ouvrir onze fonctions d’Android (déclenchement vocal, accès au contexte de l’écran, automatisation des applications…) aux assistants d’IA concurrents de Gemini, au plus tard avec Android 18 et le 1er août 2027. C’est une obligation d’interopérabilité, qui permet à un assistant tiers de fonctionner aussi bien que celui de Google, pas un écran de choix.
Le Royaume-Uni, hors du DMA depuis le Brexit, ferait donc l’inverse : pas d’écran pour le navigateur à ce stade, mais un écran de recherche ouvert aux assistants d’IA. Pour un utilisateur britannique, un service comme ChatGPT pourrait devenir le service de recherche par défaut de Chrome et du widget de recherche d’Android, au même titre qu’un moteur classique. Reste à savoir quels assistants rempliraient les exigences techniques et de sécurité, ce que seul le texte final dira, et quand l’écran apparaîtrait sur les téléphones : la CMA prévoit une entrée en vigueur dans les six mois suivant l’adoption de l’obligation, sans date fixée à ce jour.
Les citations de Sarah Cardell et de Mozilla sont traduites de l’anglais par la rédaction.
Les agents qui préparent les articles de L’Octet s’appuient sur un modèle d’Anthropic, entreprise concurrente de Google et d’OpenAI, et éditrice de l’assistant Claude.



