Jeux vidéoExplication
Helldivers 2 change d’anti-triche pour protéger sa guerre galactique
Arrowhead a remplacé GameGuard par Easy Anti-Cheat le 20 octobre sur PC, des tricheurs ayant manipulé la guerre partagée par tous les joueurs. Le remplaçant loge lui aussi au cœur de Windows, laisse jouer sous Linux, mais peut casser des mods.

Depuis le mardi 20 octobre, les joueurs de Helldivers 2 sur PC lancent le jeu avec un nouveau gardien : Easy Anti-Cheat, l’anti-triche d’Epic Games, a remplacé GameGuard avec la mise à jour 7.2.0. Arrowhead, le studio qui développe ce jeu de tir coopératif édité par PlayStation, l’avait annoncé quelques heures plus tôt dans un billet sur Steam, avec un aveu peu courant : GameGuard « n’a pas été aussi efficace qu’il aurait pu l’être » dans Helldivers 2, et le studio a « décidé de prendre une autre voie ».
Une triche peut gâcher la partie des autres
Dans Helldivers 2, les missions jouées à quatre alimentent une guerre galactique commune, un « immense métajeu » hébergé en ligne « auquel tous les joueurs participent », décrivait en février 2024 Peter Lindgren, directeur technique du jeu. C’est cette guerre que des tricheurs ont fini par atteindre, selon le billet du 20 octobre : certains sont allés « jusqu’à manipuler la guerre elle-même, en cassant l’histoire en cours », au détriment de joueurs qui n’y étaient pour rien. Arrowhead annonce donc deux mesures : des protections supplémentaires contre « des mods de triche récents » qui circulent, et le passage à Easy Anti-Cheat, renforcé d’« outils de sécurité supplémentaires » que le studio ne décrit pas.
Le risque était identifié dès la sortie. Les parties reposent sur un réseau pair-à-pair : les machines des joueurs échangent directement et, « du point de vue de la sécurité », se font aveuglément confiance, expliquait Peter Lindgren dans un message publié le 8 février 2024 sur le forum Steam du jeu. Dans le premier Helldivers, une triche accordait 9 999 échantillons de recherche à son auteur, mais aussi à tous ses coéquipiers, dont la progression était ruinée « sans qu’ils y soient pour rien ».
GameGuard, défendu puis rapiécé
Ce message, publié le jour de la sortie du jeu, répondait à des inquiétudes sur GameGuard, édité par INCA Internet. Peter Lindgren y confirmait qu’il s’agit d’un anti-triche « de niveau noyau, autrement dit un rootkit » (le nom des logiciels malveillants qui se cachent au cœur du système) : il s’installe dans le noyau, la partie centrale du système d’exploitation, qui a tous les droits sur la machine. Il assurait que GameGuard ne collectait aucune donnée personnelle et disparaissait à la désinstallation du jeu, et que des milliers d’heures de tests n’avaient révélé aucune baisse notable des performances. Deux semaines plus tard, le correctif 1.000.11 du 22 février 2024 réglait encore deux problèmes de GameGuard, l’un avec la vérification des fichiers de Steam, l’autre avec le pare-feu de Windows.
Sous Linux, le jeu avait mal démarré. Le jour de la sortie, GamingOnLinux décrivait la manipulation nécessaire pour lancer le jeu sur Steam Deck et déconseillait de l’acheter pour cet usage, un anti-triche de ce type pouvant, en se mettant à jour, tout casser à tout moment.
Easy Anti-Cheat loge lui aussi dans le noyau
Le changement ne fait pas sortir Helldivers 2 du noyau. Sur Windows, Easy Anti-Cheat « s’appuie largement sur un pilote noyau », écrit Epic, un pilote qui démarre avec le jeu et s’arrête quand le joueur le quitte. La fiche Steam du jeu le signale d’ailleurs : « Uses Kernel Level Anti-Cheat », suivi du nom d’Easy Anti-Cheat. Arrowhead le présente comme « un standard de l’industrie utilisé dans plus de 200 jeux ».
La différence tient à la réputation plus qu’à l’emplacement. En 2024, deux chercheurs, Christoph Dorner et Lukas Daniel Klausner, ont comparé quatre anti-triche noyau aux rootkits. Easy Anti-Cheat obtenait 2 points sur 7, quand le seuil était fixé à 4 : des « similitudes mineures », insuffisantes pour le classer parmi eux. GameGuard ne faisait pas partie de l’étude.
Mods : le studio prend position
Jusqu’ici, rappelle Arrowhead, le studio ne s’était exprimé sur les mods, ces modifications du jeu créées par des amateurs, que pour prévenir qu’il ne pouvait garantir ni leur sécurité ni leur bon fonctionnement. Le billet du 20 octobre va plus loin : les mods font partie de « l’ADN du jeu sur PC », et le studio « apprécie la créativité » des mods cosmétiques, qui ne gênent pas les autres joueurs.
Les conséquences sont réparties en deux camps. Les mods qui affectent l’expérience des autres « pourraient ne plus fonctionner » ; certains mods cosmétiques « non malveillants » devront peut-être être mis à jour par leurs auteurs. Le studio refuse de dire lesquels sont sûrs : leur usage se fait « à votre propre discrétion ». Si Easy Anti-Cheat bloque un mod inoffensif, il invite à écrire à son support. La configuration minimale du jeu, elle, ne change pas.
Linux : une option cochée par le studio
« Oui, vous pouvez toujours jouer », répond Arrowhead aux joueurs de Steam Deck et de Linux, dont la compatibilité « reste inchangée ». Cela n’allait pas de soi. Easy Anti-Cheat accepte depuis 2021 les jeux Windows lancés sous Linux par Wine ou Proton, des couches de compatibilité, mais chaque studio doit activer cette option, et beaucoup ne l’ont pas fait. Arrowhead ne détaille pas sa configuration ; le résultat a été constaté ailleurs : le 20 octobre, GamingOnLinux a vérifié que le jeu « continue de fonctionner sans problème » sur un PC sous Fedora, et indique qu’il garde sur Steam Deck son classement « Playable » (jouable).
Ni Arrowhead ni GamingOnLinux ne précisent quelle version de la prise en charge Linux est utilisée, mais tout indique qu’il s’agit de l’actuelle : selon Epic, la version plus exigeante qu’il prépare, EAC Linux v2, sera d’abord testée dans Fortnite avant d’être proposée aux autres studios, et elle ne fonctionne pas encore sur Steam Deck. Les studios qui acceptent déjà Linux pourront alors garder l’ancienne « pour une compatibilité maximale ».
Ce que le studio n’a pas dit
Au 20 octobre, ni le billet ni les notes de version n’indiquent ce que devient GameGuard sur les PC où il était installé. En 2024, Peter Lindgren expliquait que son service partait avec le jeu, mais que des fichiers de mise à jour restaient dans le dossier d’installation, et qu’on pouvait les supprimer.
Le studio présente ce changement comme « une étape », pas comme une fin. Peter Lindgren le disait déjà en 2024 : sur une plateforme ouverte comme le PC, on ne peut pas empêcher toute triche, et un anti-triche sert seulement à rendre la fabrication des triches « plus difficile et plus longue ».
Citations traduites de l’anglais par la rédaction.



