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Condamné pour beIN, le DNS Quad9 coupera la France le 24 novembre

Plutôt que de bloquer des sites pirates de tennis, comme l’a ordonné la justice, Quad9, qui traduit les noms de sites en adresses, cessera de servir la France le 24 novembre. Ses utilisateurs ont un mois pour changer de réglage.

Logo de Quad9 : le mot « quad » en minuscules noires suivi d'un 9 rose framboise, sur fond crème.
Logo Quad9 (Erik Spiekermann pour la fondation Quad9), domaine public, via Wikimedia CommonsVignettes : Photo d’illustration · Raysonho (Open Grid Scheduler / Grid Engine), commutateur Ethernet et câbles réseau (2011), CC0, via Wikimedia Commons

Les internautes qui ont réglé leur box, leur téléphone ou leur ordinateur sur 9.9.9.9 perdront ce service le 24 novembre. La fondation Quad9 a annoncé le 22 octobre qu’à cette date, « nous cesserons de permettre l’accès à nos services aux utilisateurs situés en France », au lendemain d’un jugement du tribunal judiciaire de Paris rendu à la demande de beIN Sports.

Quad9 est un résolveur DNS public : le service qui, chaque fois qu’on tape une adresse comme « octet-numerique.fr », renvoie l’adresse numérique du serveur à joindre. Par défaut, c’est celui de votre fournisseur d’accès qui fait ce travail ; certains le remplacent par un résolveur gratuit, pour la confidentialité ou, dans le cas de Quad9, pour son filtrage des sites de hameçonnage et de logiciels malveillants.

En bref

  • Qui est concerné : seulement ceux qui ont choisi Quad9 à la main (9.9.9.9, 149.112.112.112, ou « dns.quad9.net » dans un réglage de DNS privé).
  • Vérifier : ouvrir on.quad9.net ; la page répond « Yes » ou « No, you are NOT using quad9 ».
  • Avant le 24 novembre : remplacer Quad9 par un autre résolveur ou revenir au réglage automatique. Un appareil réglé uniquement sur Quad9 risque, sinon, de ne plus ouvrir aucun site.

Ce que le tribunal a ordonné

Le jugement du 21 octobre (3e chambre, 3e section, RG 26/11882) n’est pas la première décision. Il fait suite à un jugement du 13 mai 2026, rendu sur le fondement de l’article L.333-10 du code du sport, qui ordonnait déjà à Quad9 d’empêcher l’accès depuis la France à des sites et services de télévision pirate (IPTV) retransmettant le tournoi de tennis WTA, dont beIN détient les droits. Ces mesures sont « dynamiques » : elles visent six noms de domaine listés par le tribunal, plus ceux que l’Arcom, le régulateur de l’audiovisuel, notifie ensuite. Elles courent jusqu’au dernier match de la saison, le 14 novembre 2026.

beIN est revenue devant le tribunal parce que Quad9 ne bloquait rien. Elle affirmait que seuls six des cinquante-huit noms de domaine visés étaient inaccessibles par Quad9 ; la fondation a répondu, par l’attestation de son directeur technique, qu’aucun n’avait jamais été bloqué par elle. Le tribunal en a tiré la conclusion : « Tenue à une obligation de moyens, la fondation Quad9 affirme n’en mettre aucun en œuvre en vue d’exécuter la décision. Cette seule circonstance justifie le prononcé d’une astreinte. »

Les arguments de Quad9 ont tous été jugés « inopérants ». Son appel du jugement de mai ne suspend rien, ce jugement étant exécutoire. L’accord technique qu’elle proposait sous l’égide de l’Arcom n’y change rien non plus, ni le caractère disproportionné des mesures, question dont la cour d’appel est saisie. Quant à l’impossibilité d’un blocage limité à la France, « elle ne le démontre pas », écrit le juge, qui relève une contradiction : la fondation dit appliquer déjà « un filtrage automatisé strictement limité à la cybersécurité pour neutraliser les domaines malveillants à l’échelle mondiale ».

beIN demandait 10 000 euros par jour et par nom de domaine resté accessible, soit jusqu’à 580 000 euros par jour si les 58 noms restaient accessibles : c’est le chiffre que cite Quad9. Le tribunal a fixé l’astreinte à 1 000 euros par jour de retard, à compter du 21 octobre et jusqu’au terme des mesures, compte tenu « du temps restant à exécuter jusqu’au 14 novembre 2026 ». Quad9 l’évalue à 24 000 euros, hors frais d’avocats. Chaque partie garde ses frais, et la décision est exécutoire immédiatement.

Pourquoi Quad9 part plutôt que de bloquer

Le montant n’est pas l’argument principal de la fondation. Quad9 se présente comme « une fondation suisse sans but lucratif et d’utilité publique », opposée par principe à modifier ses réponses selon les décisions de chaque pays. Elle écrit surtout qu’elle ne sait pas qui se trouve en France : « nous n’avons pas de liste d’utilisateurs situés en France, car nous n’avons _aucune_ liste d’utilisateurs ». Le service est gratuit et sans inscription.

La fondation invoque un précédent. En Allemagne, de 2021 à 2023, Quad9 a été poursuivie par Sony Music ; elle explique avoir alors tenté un blocage selon l’adresse IP des utilisateurs, et que le demandeur « a ensuite utilisé un VPN » pour montrer que le site restait joignable. D’où sa conclusion : un filtrage limité à la France serait à la fois contournable et contraire à son modèle sans données personnelles.

Le jugement de beIN n’est pas isolé. Quad9 fait état d’« environ 20 procédures différentes en cours » en France « exigeant le filtrage de centaines de noms ». Son départ, le 24 novembre, intervient d’ailleurs dix jours après la fin des mesures obtenues par beIN. La fondation ajoute qu’« un appel est en cours » (celui du jugement de mai, selon le jugement d’octobre) et appelle les lecteurs français à écrire à leurs députés : « la résolution de noms de domaine n’est pas un délit ».

Ce qui se passera le 24 novembre

Quad9 n’a pas décrit la méthode. Son billet ne dit ni comment elle déterminera qu’un utilisateur est « situé en France », ni ce que verra cet utilisateur : absence de réponse, refus explicite ou message d’erreur. Il ne dit rien non plus des voyageurs ni des utilisateurs de VPN. La fondation écrit seulement espérer que « 30 jours seront suffisants pour la substitution ».

Le précédent le plus proche est celui d’OpenDNS, le résolveur de Cisco, qui a cessé de servir la France le 28 juin 2024, après une décision obtenue par Canal+ sur le même article du code du sport. Son avis aux utilisateurs, cité par TorrentFreak, indiquait que le service « n’est actuellement pas disponible pour les utilisateurs en France et dans certains territoires français ».

En pratique, la conséquence pour un appareil réglé seulement sur Quad9 est mécanique : sans résolveur qui réponde, les noms de sites ne sont plus traduits en adresses, et plus rien ne s’ouvre, même si la connexion fonctionne. Le « DNS privé » d’Android réglé sur « dns.quad9.net » est le cas à surveiller : selon l’aide de Google, il s’applique par défaut « avec tous les réseaux compatibles », Wi-Fi comme mobile.

Où vérifier et modifier le réglage

Les adresses de Quad9 à repérer

D’après la page des adresses de Quad9 :

  • service standard (avec filtrage) : 9.9.9.9 et 149.112.112.112 ; IPv6 2620:fe::fe et 2620:fe::9 ; DNS chiffré : dns.quad9.net ou https://dns.quad9.net/dns-query ;
  • sans filtrage : 9.9.9.10 et 149.112.112.10 ; dns10.quad9.net ;
  • avec transmission partielle de l’adresse (ECS) : 9.9.9.11 et 149.112.112.11 ; dns11.quad9.net.
  • Box : l’emplacement du réglage DNS dépend du modèle ; il est indiqué dans l’aide de votre fournisseur d’accès.
  • Android : Paramètres, « Réseau et Internet », « DNS privé » (chemin donné par Google ; il varie selon les marques). Si « dns.quad9.net » est inscrit comme nom d’hôte, le remplacer ou choisir « Automatique ».
  • iPhone, iPad : Quad9 s’y installe sous forme de profil de configuration. Il se retire dans Réglages, Général, « VPN et gestion de l’appareil », puis « Supprimer le profil », selon Apple.
  • Mac : menu Apple, Réglages Système, Réseau, choix du service réseau, Détails, puis DNS (aide Apple) ; une adresse de Quad9 dans la liste se retire avec le bouton de suppression placé sous la liste.
  • Windows 11 : Paramètres, « Réseau et Internet », Ethernet ou Wi-Fi, puis le bouton de modification du réglage des serveurs DNS (« DNS server assignment » dans la version anglaise de Windows), d’après le guide d’installation de Quad9.
  • Chrome sur Android : Paramètres, « Confidentialité et sécurité », « Utiliser un DNS sécurisé », où l’on choisit son fournisseur (aide Chrome).

La page on.quad9.net rappelle elle-même ses pièges : le Relais privé d’iCloud, un VPN ou un navigateur configuré à part peuvent court-circuiter le réglage de l’appareil.

Les autres résolveurs face aux mêmes juges

Changer de résolveur ne fait pas sortir du champ de ces décisions, et ce n’est pas l’objet du conseil : il s’agit de garder un service qui répond. Mais les grands résolveurs publics ne sont pas logés à la même enseigne.

  • Google Public DNS (8.8.8.8) applique les blocages ordonnés en France. Sa page sur le blocage range la France parmi cinq pays (avec la Belgique, l’Inde, l’Italie et le Portugal) et précise que la réponse est alors un refus (« REFUSED »), parfois accompagné du code d’erreur « Censored ».
  • Cisco OpenDNS n’est plus disponible en France depuis juin 2024 (voir plus haut).
  • Cloudflare (1.1.1.1), débouté en appel, comme Google et Cisco, par la cour d’appel de Paris le 27 mars 2026 selon TorrentFreak, applique les blocages par son réseau de diffusion de contenus et non sur 1.1.1.1 ; le tribunal judiciaire de Paris a accepté cette façon de faire le 17 septembre, rapporte le même site, qui a publié les deux jugements.
  • Le résolveur de votre fournisseur d’accès est celui qu’on retrouve en revenant au réglage automatique de la box ou du téléphone.

Celui qui tenait au filtrage anti-hameçonnage de Quad9 devra vérifier que le remplaçant choisi en propose un : ce n’est pas le cas de tous les services cités, ni du DNS des opérateurs.

L’avis d’OpenDNS, les extraits de la page de Google et les guides de Quad9, publiés en anglais, sont traduits par la rédaction.

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