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Livraisons de PC en chute de 20 % : pourquoi les prix ne baissent pas
Entre juillet et septembre, 62,7 millions de PC ont été livrés, 20 % de moins qu’un an plus tôt selon le cabinet IDC. Les prix, eux, continuent de monter, car la mémoire part vers les serveurs d’intelligence artificielle.
Changer d’ordinateur coûte plus cher qu’il y a un an, alors même que les constructeurs en livrent beaucoup moins. Au printemps, les portables se vendaient en moyenne 11,4 % plus cher qu’un an plus tôt dans la distribution européenne, selon le cabinet Context, et IDC prévoyait en juin une hausse de 17 % du prix moyen des PC sur l’ensemble de 2026. Le recul des livraisons qu’IDC a mesuré au 3ᵉ trimestre et annoncé le 8 octobre ne présage pas une baisse des prix : le cabinet et son confrère TrendForce décrivent un marché où la mémoire, devenue rare et chère, pèse de plus en plus lourd dans la facture.

Un trimestre vidé par les achats anticipés
Le recul est d’autant plus frappant que le 3ᵉ trimestre est d’ordinaire meilleur que le 2ᵉ. Cette fois, les livraisons ont baissé de 9,1 % d’un trimestre à l’autre, « bouleversant le schéma habituel », note IDC. C’est le deuxième trimestre consécutif de baisse sur un an, après −3,8 % au printemps.
L’explication tient en un mot du jargon de la distribution, le pull-in : l’achat anticipé. En début d’année, les marques et leurs revendeurs se sont « précipités pour constituer des stocks avant des hausses de prix dues à la mémoire », écrit IDC. Les ordinateurs qui auraient été commandés cet été l’ont été plus tôt. « Constructeurs et distributeurs ont rempli leurs stocks tôt dans l’année pour devancer les hausses de prix, et cela a déréglé la saisonnalité habituelle », résume Jitesh Ubrani, directeur de recherche d’IDC pour les appareils grand public.
Deux précisions évitent de lire ce chiffre comme une chute équivalente des achats, même si les prix élevés freinent bel et bien la demande. D’abord, IDC compte des livraisons : les machines expédiées aux distributeurs ou aux clients, pas les ventes en magasin. Une partie des ordinateurs vendus cet été a donc pu sortir des stocks constitués en début d’année. Ensuite, la comparaison se fait avec un 3ᵉ trimestre 2025 très fort : IDC le décrivait à l’époque comme porté par le passage à Windows 11 et le renouvellement d’un parc vieillissant, et, au Japon, par la fin du support de Windows 10.
Les chiffres d’IDC sont d’ailleurs provisoires et retouchés après coup : le 2ᵉ trimestre 2026, annoncé en juillet à −4,9 %, apparaît désormais à −3,8 %, et le 3ᵉ trimestre 2025, chiffré à 75,8 millions il y a un an, à 78,5 millions. Ces retouches ne changent pas l’ordre de grandeur de la chute.
Gartner compte moins de PC, mais une chute du même ordre
Le cabinet Gartner, concurrent d’IDC, a publié ses propres estimations le 12 octobre : 55,4 millions de PC livrés au 3ᵉ trimestre, 22,4 % de moins qu’un an plus tôt, un niveau que le marché n’avait plus connu depuis le début de 2023. Plus de 7 millions d’unités séparent ce total de celui d’IDC. Chaque cabinet produit ses estimations, préliminaires elles aussi, avec sa propre méthode et sur un périmètre voisin mais pas identique : Gartner compte les ordinateurs de bureau et les portables sous Windows, macOS et ChromeOS, IDC les ordinateurs de bureau, les portables et les stations de travail. Les deux séries ne se mélangent donc pas : volumes et parts de marché ne se comparent qu’à l’intérieur d’une même série. Le chiffre à retenir est celui sur lequel elles s’accordent, une baisse d’au moins un cinquième en un an.
Gartner met en revanche l’accent ailleurs qu’IDC. Il ne parle pas d’achats anticipés : il désigne les prix. Pour Namrata Banerjee, analyste du cabinet, « le coût de la DRAM a quintuplé sur un an au 2ᵉ trimestre », les constructeurs ont « répercuté ces hausses sur leurs clients », et la baisse tient à « des prix plus élevés, à la nouvelle répartition des composants rares décidée par les constructeurs et à un glissement vers des configurations plus chères ». Les modèles bon marché sont devenus plus rares, ce qui a rendu le remplacement d’un ordinateur « moins abordable » pour les particuliers, tandis que les entreprises ont réservé leurs dépenses à des achats ciblés, stations de travail ou PC vendus pour faire tourner des fonctions d’intelligence artificielle, plutôt qu’au renouvellement de tout leur parc.
Lenovo, HP et Dell reculent plus que le marché
Les trois premiers constructeurs mondiaux encaissent les plus fortes baisses, même si Lenovo garde près d’un quart du marché (23,8 %), devant HP (16,5 %) et Dell (12,1 %). Apple et Asus résistent mieux. IDC ne donne pas d’explication à cet écart. Évolution des livraisons de chacun entre le 3ᵉ trimestre 2025 et le 3ᵉ trimestre 2026 :
| Constructeur | Sur un an |
|---|---|
| HP | −30,9 % |
| Dell | −25,0 % |
| Lenovo | −22,6 % |
| Autres | −14,0 % |
| Apple | −11,3 % |
| Asus | −8,6 % |
| Ensemble du marché | −20,1 % |
Source : IDC, résultats préliminaires du 8 octobre 2026.
Chez Gartner aussi, HP (−30,9 %, le même chiffre) et Dell (−25,4 %) reculent plus que le marché, mais Lenovo (−22,4 %) baisse exactement à son rythme. Gartner en avance une explication : HP a pâti de son exposition « relativement forte » aux segments sensibles au prix, le grand public et le marché professionnel courant, tandis qu’Apple, soutenu selon lui par ses MacBook courants, limite sa baisse à 7,1 %, la plus faible des six premiers constructeurs. Asus recule davantage chez Gartner (−13 %) que chez IDC. Les parts de marché, elles, dépendent du total de chaque cabinet : chez Gartner, Lenovo en détient 27,1 %.
Des étiquettes déjà plus chères en Europe
IDC ne publie pas de prix avec ses résultats trimestriels, mais les relevés de Context, qui suit les ventes des distributeurs informatiques européens, montrent la hausse. Pendant les six premières semaines du 2ᵉ trimestre, les portables y ont été vendus en moyenne 11,4 % plus cher qu’un an plus tôt et les ordinateurs de bureau 10,5 % plus cher, alors que les volumes baissaient de 3 % et de 7 %. Ce prix moyen ne mesure pas seulement des étiquettes relevées : il monte aussi quand les acheteurs choisissent des modèles plus coûteux. Context attribue d’ailleurs la hausse du chiffre d’affaires à « une hausse significative des prix de vente moyens et à un glissement du marché vers des appareils haut de gamme », selon son analyste Marie-Christine Pygott.
Le cabinet chiffre aussi la hausse en euros pour les portables destinés aux entreprises vendus en magasin. Dans les chaînes européennes, leur prix moyen en rayon a augmenté de 23 % en un an pour atteindre 844 euros au 2ᵉ trimestre, pendant que leurs ventes en volume reculaient de 23 %, indique Context. En France, ce prix moyen atteignait 953 euros, et le chiffre d’affaires de ces portables dans les chaînes de magasins a chuté de 37 %.
À l’échelle mondiale, IDC jugeait en juin que, même quand la capacité de production de mémoire augmentera dans les deux ans à venir, les prix des PC « ne devraient pas revenir aux niveaux de 2025 ».
Des usines de mémoire tournées vers les serveurs d’IA
Pourquoi les prix montent-ils ? Un ordinateur contient deux sortes de mémoire. La DRAM est la mémoire vive, celle qui contient les programmes en cours d’utilisation et s’efface à l’extinction. La NAND est la mémoire flash qui stocke durablement les fichiers, notamment dans les SSD, les disques sans pièce mobile des ordinateurs récents. Leurs fabricants doivent répartir une capacité de production limitée entre plusieurs débouchés : ordinateurs, téléphones, serveurs.
Or les centres de données construits pour l’intelligence artificielle en réclament toujours plus. Leurs serveurs utilisent notamment de la HBM, une mémoire vive dont les puces sont empilées et placées au plus près des processeurs de calcul pour échanger les données à très haut débit. Selon TrendForce, la demande de serveurs d’IA met cette HBM et la DRAM classique « en concurrence pour une capacité de production limitée » ; le cabinet prévoit que le prix moyen de la HBM fasse plus que doubler en 2027 (+121 %).
Les fabricants de mémoire réservent en priorité leurs lignes de production les plus avancées aux produits pour serveurs. Conséquence, TrendForce prévoit pour le 4ᵉ trimestre une nouvelle hausse des « prix contractuels », ceux que négocient fabricants de puces et constructeurs d’ordinateurs : +10 à 15 % pour la DRAM classique et +15 à 20 % pour la NAND, par rapport au trimestre précédent. Pour la mémoire des PC, les constructeurs « continuent d’acheter de manière agressive » parce qu’ils s’attendent à une offre encore tendue l’an prochain, une offre qui « pourrait diminuer en 2027 à mesure que davantage de capacité bascule vers les applications serveurs ».
L’autre bout de la chaîne se porte à merveille. L’américain Micron, l’un des fabricants de ces puces, a annoncé le 30 septembre un chiffre d’affaires trimestriel de 54,2 milliards de dollars, près de cinq fois celui de l’an passé (11,3 milliards). Son PDG, Sanjay Mehrotra, attend un exercice 2027 « encore plus fort ».
Processeur, mémoire et SSD : 68 % du coût d’un portable à 900 dollars
Pour mesurer le poids de la mémoire dans la facture, TrendForce suit le coût de fabrication d’un portable grand public dont le prix conseillé était de 900 dollars au 1ᵉʳ trimestre 2025, quand l’offre de mémoire était encore stable. Le processeur, la mémoire vive et le SSD représentaient alors environ 45 % de la nomenclature, c’est-à-dire du coût total des composants. Après plus d’un an de hausses, cette part a atteint 68 % au 3ᵉ trimestre 2026, selon les notes du cabinet du 4 septembre et du 8 octobre. Pour garder la même marge qu’au début de 2025, une marque devrait vendre un modèle comparable environ 80 % plus cher, estime TrendForce.
Face à cette hausse, les marques ont trois issues, toutes coûteuses, selon le cabinet : augmenter les prix de vente, au risque de faire fuir les acheteurs ; absorber la hausse, au prix de leurs marges ; ou « réduire la fiche technique, par exemple la quantité de mémoire », au risque de rendre leurs machines moins compétitives. La troisième voie est déjà empruntée : les marques de PC « réduisent la capacité des SSD de leurs modèles grand public pour abaisser leurs coûts », constate TrendForce.
La première l’est aussi. En juillet, Jitesh Ubrani décrivait un « décalage entre les unités et les dollars » : les livraisons baissaient, mais le chiffre d’affaires des constructeurs montait, parce qu’ils « répercutent les hausses de prix plus vite que la demande ne recule ».
Si les étiquettes n’ont pas encore pris 80 %, c’est aussi que les marques puisent dans leurs réserves. Les achats anticipés et « ces stocks acquis à moindre coût peuvent amortir temporairement » l’effet de la hausse des composants sur les prix de vente et les marges, écrit TrendForce le 4 septembre. Mais « à mesure que ces stocks s’épuisent, cet amortisseur va diminuer », et les prochains produits « devraient refléter davantage » les prix actuels des processeurs, de la mémoire et des SSD. Gartner en juge autrement le 12 octobre : pour lui, la hausse des coûts de la mémoire et du stockage est « désormais entièrement répercutée dans les prix des PC ». Aucun des deux cabinets ne publie de prix moyen pour le 3ᵉ trimestre qui permettrait de les départager.
Acheter maintenant ou attendre ?
Aucune des sources consultées ne prévoit de retour rapide aux prix de 2025. Ce qu’elles disent, et ce qui en découle pour un acheteur, tient en cinq points.
Des promotions possibles, mais courtes. Les distributeurs s’inquiètent de garder trop de stock « dans un marché où les prix élevés freinent la demande », explique Jitesh Ubrani. Cela pourrait se traduire par « des promotions et un certain répit à court terme pour les consommateurs ». Les prix ne baisseront que « modestement et brièvement », précise IDC, et devraient rester « bien au-dessus » de leur niveau d’il y a un an.
Pas d’accalmie avant 2027, voire 2028. En juillet, IDC estimait que la pénurie de mémoire ne devrait pas se résorber avant le début de 2028, et que les constructeurs se préparaient à d’autres hausses de prix en 2027. TrendForce voit la DRAM rester tendue en 2027 ; pour la NAND, et donc les SSD, les contraintes « pourraient s’atténuer au second semestre 2027 » avec l’arrivée de nouvelles capacités de production.
Un besoin réel gagne peu à attendre. L’amortisseur des stocks achetés à moindre coût va s’épuiser, selon TrendForce : pour qui doit vraiment remplacer un ordinateur, ces prévisions ne plaident pas pour l’attente, sauf à guetter une promotion de fin d’année.
À prix égal, vérifier la fiche technique. Puisque des constructeurs réduisent déjà la capacité des SSD de leurs modèles courants, et que TrendForce compte la mémoire vive parmi les postes qu’ils peuvent rogner, un ordinateur vendu au même prix qu’une version précédente peut en offrir moins. Les acheteurs aussi descendent en gamme : la hausse des composants pousse ceux qui surveillent leur budget vers des configurations moins dotées, pour que le prix d’achat reste stable, observe Context. Sur les portables pour petites entreprises vendus en août dans les chaînes de magasins des cinq premiers marchés européens, le repère reste 16 Go de mémoire vive (60 % des unités, 66 % en France), mais les modèles à 8 Go sont remontés à un quart des ventes. Le minimum exigé par Windows 11, 4 Go de mémoire et 64 Go de stockage, n’est qu’un seuil de démarrage, pas un objectif.
Prolonger sa machine actuelle, quand c’est possible. C’est une question de bon sens plus que de prévision : un ordinateur qui fonctionne encore peut parfois recevoir une barrette de mémoire supplémentaire ou un SSD plus grand. Encore faut-il qu’il le permette : sur certains portables, la mémoire est soudée à la carte mère et ne peut pas être augmentée ; la fiche technique ou le guide de maintenance du fabricant l’indique. Et ces pièces vendues séparément sont faites de puces de DRAM et de NAND, dont les prix montent : mieux vaut chiffrer l’option avant de se décider.
Ce qui dira si la crise s’installe
En 2027, la question ne sera plus de savoir si les composants sont disponibles, mais « si les consommateurs peuvent absorber des prix plus élevés », écrit TrendForce. Le cabinet prévoit déjà un nouveau recul des livraisons de portables l’an prochain, de quelques pour cent, qui pourrait atteindre 7 à 9 % si les constructeurs répercutent l’intégralité de leurs coûts. IDC, de son côté, juge que la dégradation de la conjoncture pourrait aggraver les perspectives des prochains trimestres « avant qu’elles ne s’améliorent ».
Trois indicateurs diront dans quel sens penche la balance : l’ampleur réelle des promotions de fin d’année, qu’IDC annonce limitées ; les prix contractuels de la mémoire au 1ᵉʳ trimestre 2027, qui diront si la hausse ralentit ; et la détente sur la mémoire flash que TrendForce juge possible au second semestre 2027, premier signe d’accalmie en vue pour les SSD.
Les citations de documents en anglais sont traduites par la rédaction.


