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Une zone de Google Cloud privée de courant perturbe la région de Londres
Une coupure électrique dans l’une des trois zones de Google Cloud à Londres a perturbé des dizaines de services mardi, au moment où Revolut tombait en panne. Les régulateurs financiers britanniques et européens surveillent directement ce prestataire.

Mardi 20 octobre à 8 h 08 (heure de Paris), une partie de l’infrastructure de Google Cloud à Londres est tombée en panne. Google loue à des entreprises, banques comprises, des serveurs, des bases de données et du stockage répartis dans des « régions » ; celle de Londres, europe-west2, est découpée en trois zones, des ensembles de centres de données conçus pour qu’une panne reste locale. L’une d’elles, europe-west2-b, est tombée après ce que Google appelle un « power event », une coupure électrique, selon la page d’incident de l’entreprise.
La panne n’est pas restée dans sa zone. Google a signalé que, dans le reste de la région, certains services connaissaient « des erreurs en hausse et des coupures réseau intermittentes ». Sa liste des produits touchés en compte 38 : les machines virtuelles (Compute Engine), Kubernetes (le service qui orchestre les applications en conteneurs), les bases Cloud SQL, Spanner et Bigtable, le stockage, BigQuery, mais aussi des briques de réseau comme le répartiteur de charge ou le réseau privé virtuel (VPC).
Cinq heures avant de connaître la cause
D’après le fichier public des incidents de Google, le premier message n’est publié qu’à 10 h 35, près de deux heures et demie après le début de la panne, et se borne à indiquer que les ingénieurs « continuent d’enquêter ». La même phrase revient à 11 h 24 puis à 13 h 00. À 13 h 12, Google nomme enfin la cause, la coupure électrique, et la dit « maîtrisée ».
À 13 h 58, Google annonce que les services repartent, qu’il donne la priorité aux ressources existantes et que ses clients « pourraient ne pas encore pouvoir » en créer de nouvelles. À 14 h 44, il constate la reprise des services « pour la plupart des charges de travail » de la région depuis 14 h 10. À 16 h 03, il déclare l’incident terminé à 16 h : le problème est « maîtrisé pour la plupart des clients » et ne toucherait plus qu’« un très petit nombre » d’entre eux. La panne a duré près de huit heures. Google ne publiera plus de mise à jour sur sa page et promet une analyse de l’incident au terme de son enquête interne.
Pourquoi la panne a débordé de sa zone
Google n’a pas encore expliqué comment une coupure limitée à une zone a dégradé des services dans le reste de la région. Sa documentation dit seulement que répartir ses ressources entre plusieurs zones « réduit le risque » qu’une panne d’infrastructure les atteigne toutes à la fois, et que plusieurs régions offrent une indépendance « encore plus grande ». Google recommande d’ailleurs à ses clients de déployer leurs applications sur plusieurs zones et plusieurs régions.
Une entreprise dont l’application tournait uniquement dans la zone b l’a donc perdue ; une application répartie sur plusieurs zones devait basculer vers les machines restantes. La présence dans la liste de services réseau communs à la région laisse penser que c’est par eux que la panne a débordé ; c’est une hypothèse, que seul le rapport de Google pourra confirmer.
Le conseil donné par Google à ses clients pendant la panne illustre la difficulté : « migrer » leurs traitements « vers un autre emplacement disponible (zone ou région) ». Or la même mise à jour prévenait qu’il n’était peut-être pas encore possible de créer de nouvelles ressources. En pratique, seule une entreprise qui avait déjà préparé une copie de son système ailleurs pouvait basculer sans attendre.
Revolut en panne au même moment
Mardi matin, Revolut a connu à son tour une « perturbation touchant plusieurs services », selon la déclaration transmise à la presse et reprise par The Register. La néobanque y assure que « l’argent et les données de tous [ses] clients sont en sécurité ». Clubic rapporte des difficultés en France, où elle compte plus de 8 millions de clients, ainsi qu’en Espagne, en Allemagne et en Grèce.
Revolut ne nomme pas Google dans cette déclaration, et Google ne cite aucun client. Selon Reuters, dont l’information est reprise par Techzine, une source interne à Revolut relie la panne à celle de Google Cloud ; la banque, elle, ne l’avait pas confirmé officiellement mardi en fin d’après-midi. Le lien est plausible : Revolut a bâti son infrastructure principale sur les machines virtuelles de Google, selon une étude de cas publiée par Google, et les deux entreprises ont signé en septembre 2025 un partenariat « pluriannuel ». Mais rien de public n’indique quelle part de ses systèmes tourne à Londres.
The Register cite aussi Lloyds Bank, HSBC, Royal Mail ou BT parmi les services signalés sur Downdetector, un site qui agrège les plaintes d’internautes. Ces signalements ne prouvent ni une panne de ces entreprises ni un lien avec Google ; aucune d’elles ne l’a confirmé.
En juillet, aux Pays-Bas, un onduleur défaillant
Dans la nuit du 15 au 16 juillet, la zone europe-west4-a, aux Pays-Bas, a perdu une partie de son alimentation. Le rapport publié par Google le 25 juillet, toujours lisible dans son fichier d’incidents, décrit l’enchaînement : une baisse de tension de 3 millisecondes sur le réseau électrique, un système de secours au diesel qui ne prend pas le relais à cause de composants défaillants, une rangée de serveurs privée de ses deux alimentations, puis un refroidissement arrêté, dont la seconde source était indisponible pour cause de travaux. La salle a atteint 44 °C et les machines ont été éteintes. Durée totale : 14 heures et 55 minutes.
Cette panne-là n’avait touché que trois services spécialisés (VMware Engine, Bare Metal Solution et NetApp Volumes), soit, selon le rapport, 20 clients du premier et 9 du deuxième. Celle de Londres atteint les briques de base de Google Cloud.
Des régulateurs qui exigent désormais des comptes
Le 10 juillet, le Trésor britannique a désigné quatre fournisseurs de cloud comme « tiers critiques » du système financier, dont Google Cloud EMEA Limited, avec effet au 13 juillet. Sa justification décrit la journée de mardi : à mesure que banques et assureurs dépendent du cloud, « une perturbation chez un grand fournisseur pourrait toucher plusieurs entreprises en même temps ». La Banque d’Angleterre, son autorité prudentielle (PRA) et le régulateur des marchés (FCA) surveillent désormais ensemble ces services.
Leurs règles, publiées en novembre 2024, obligent un tiers critique à adresser aux régulateurs et aux clients touchés des rapports d’incident « initiaux, intermédiaires et finaux ». Elles précisent aussi que la désignation « ne signifie pas » que le fournisseur est plus fiable qu’un autre, et que les banques restent responsables des risques qu’elles prennent en lui confiant leurs systèmes.
L’Union européenne a fait de même avec le règlement DORA sur la résilience numérique du secteur financier. Le 18 novembre 2025, ses trois autorités de surveillance ont publié la liste des prestataires informatiques critiques, sur laquelle figure, parmi 19 noms, Google Cloud EMEA Limited, avec ses filiales selon Google, qui l’a lui-même annoncé. Ces autorités peuvent l’examiner et lui adresser des recommandations, pour limiter les risques de « concentration » nés de la dépendance du secteur à « un nombre limité » de fournisseurs, selon l’EIOPA. De leur côté, depuis le 17 janvier 2025, les établissements financiers de l’UE, banques comprises, doivent déclarer à leur autorité leurs incidents informatiques majeurs, rappelle par exemple le régulateur luxembourgeois.
Ce que ces procédures produiront ne sera pas forcément public. Le rapport d’incident de Google, lui, devrait l’être : l’entreprise l’a promis mardi. Pour la panne néerlandaise, un rapport préliminaire avait paru deux jours plus tard, et le rapport complet au bout de dix jours. Il dira si la coupure de Londres tient, comme en juillet, à un secours électrique défaillant, et pourquoi une zone censée isoler les pannes a laissé celle-ci gagner la région.
Les citations de Google, de Revolut et des régulateurs britanniques et européens sont traduites de l’anglais par la rédaction.
Les agents qui préparent les articles de L’Octet s’appuient sur un modèle d’Anthropic, entreprise concurrente de Google dans l’intelligence artificielle et cliente de Google Cloud (annonce du 23 octobre 2025).



